
Pendant les réunions des groupes de travail, les "comités de pilotage", les ComPil, les ComPro et autres noms sonnant sérieux, lorsque l'on ne s'ennuie pas, on s'instruit. Cependant, on en apprend plus sur la bêtise humaine que sur la "transmission des données dans le cadre de l'étude sur la prise en charge en affection de longue durée du dabiète chez l'adulte".
Quand on arrive, on a généralement des réactions épidermiques en reconnaissant le Dr Untel ou Mlle Schmunz ("Oh non pitié pas lui/elle"). Parfois on fait un petit tour sur soi-même pour préparer son sourire et tendre la main à l'ennemi. Pendant qu'il ou elle est occupée à serrer la main on prépare déjà sa phrase de contre-attaque. Si on est en forme on peut la sortir tout de suite, si on est déprimé on laisse venir la critique à soi et on répond seulement après.
Il arrive qu'on soit mis en présence de quelqu'un avec qui on s'est déjà engueulé à distance mais qu'on ne connaît pas physiquement, il arrive même qu'on s'assoie à côté parce qu'il ou elle a une bonne tête. mais au moment crucial où quelqu'un l'interpelle par son nom, on a envie d'appuyer sur le bouton du siège éjectable ou de se liquéfier pour couler vers la sortie.
Pour mieux supporter la réunion, il faut arriver assez en retard pour échapper aux présentations sans passer pour un(e) malpoli. Dans certaines salles, il y a des barrettes avec les noms, des bouteilles d'eau et des micros comme au Conseil de Sécurité de l'ONU. Lorsqu'on veut parler, il faut les activer. Les barrettes c'est le piège on sait tout sur toi, tu n'es pas là incognito. Sur la mienne il y a bien sûr mon nom (en fait celui de mon mari que j'ai du me résigner à porter au boulot) et juste en dessous il est écrit "PIFARC". Impossible donc de passer à côté d'une question en faisant mine d'ignorer qu'on s'adresse à moi. Généralement on ne me parle pas au début mais à la fin des réunions, après les 2 diaporamas Powerpoint sur écran géant alors que je lutte pour rester éveillée. On me parle un peu par pitié, en se disant que, pauvre de moi, je me suis déplacée sans avoir pu prendre la parole. Comme si j'avais besoin, comme eux, de parler pour ne rien dire: "Et sur ce point, comment ça se passe au PIFARC?" Comme je ne suis plus du tout depuis un bon moment, je prends toujours un peu de temps pour activer le micro et je fais une phrase qui contient, dans n'importe quel ordre, les mots suivants "dispositif", "fiches de synthèse", "PIFARC", "procédure" et toujours une donnée chiffrée (parfois 3, souvent 22 000, ou 60%). Après j'éteins le micro et je bois un peu d'eau. De toute manière dans ces réunions, personne ne comprend rien à rien mais tout le monde sort en disant "On a bien avancé". Cela dépend d'où on part. On est pas égaux. Ou bien cela dépend où on va. Si on a pour objectif d'atteindre les méandres de la stupidité collective, avec une équipe de 22 et un peu de matos, en deux heures effectivement on avance bien.
Parfois, après la réunion, si j'ai été brillante (ce qui signifie que j'ai pointé du doigt une des 15 mauvaises idées générées par la réflexion commune) j'ai droit à un petit commentaire positif :"Je crois que vous avez raison, chercher les numéros de téléphone des 11000 patients dans les pages jaunes risque d'être laborieux". C'est assez propre aux médecins: en dehors de la médecine ils ne savent rien faire. D'ailleurs, preuve qu'ils sont moins malins que les autres: ils mettent 15 ans de plus à finir leurs études et ne commencent à bosser vraiment qu'à 30 ans! Et personne ne leur dit jamais rien? S'ils ont du mal c'est qu'ils mettent tous leurs neurones au service de la science. Ils n'ont aucun sens pratique. Le monde extérieur et ses modes de communication, les relations sociales entre les êtres sans blouse, la vie pratique, on ne se rend pas compte de leur souffrance quotidienne: chaque petite chose à faire en dehors de l'hôpital est une épreuve. C'est pourquoi ils ne se sentent bien qu'entre eux.
J'essaye toujours de m'enfuir le plus vite possible ou d'aller aux WC le temps que tout le monde ait évacué les lieux car ce que je déteste par dessus tout c'est d'être dans l'ascenseur avec un des intervenants. C'en est presque une phobie. Quand la réunion s'arrête je veux basculer vers une autre tâche comme dirait Windows. Boire un demi et fumer une clope à la maison.
Quand on arrive, on a généralement des réactions épidermiques en reconnaissant le Dr Untel ou Mlle Schmunz ("Oh non pitié pas lui/elle"). Parfois on fait un petit tour sur soi-même pour préparer son sourire et tendre la main à l'ennemi. Pendant qu'il ou elle est occupée à serrer la main on prépare déjà sa phrase de contre-attaque. Si on est en forme on peut la sortir tout de suite, si on est déprimé on laisse venir la critique à soi et on répond seulement après.
Il arrive qu'on soit mis en présence de quelqu'un avec qui on s'est déjà engueulé à distance mais qu'on ne connaît pas physiquement, il arrive même qu'on s'assoie à côté parce qu'il ou elle a une bonne tête. mais au moment crucial où quelqu'un l'interpelle par son nom, on a envie d'appuyer sur le bouton du siège éjectable ou de se liquéfier pour couler vers la sortie.
Pour mieux supporter la réunion, il faut arriver assez en retard pour échapper aux présentations sans passer pour un(e) malpoli. Dans certaines salles, il y a des barrettes avec les noms, des bouteilles d'eau et des micros comme au Conseil de Sécurité de l'ONU. Lorsqu'on veut parler, il faut les activer. Les barrettes c'est le piège on sait tout sur toi, tu n'es pas là incognito. Sur la mienne il y a bien sûr mon nom (en fait celui de mon mari que j'ai du me résigner à porter au boulot) et juste en dessous il est écrit "PIFARC". Impossible donc de passer à côté d'une question en faisant mine d'ignorer qu'on s'adresse à moi. Généralement on ne me parle pas au début mais à la fin des réunions, après les 2 diaporamas Powerpoint sur écran géant alors que je lutte pour rester éveillée. On me parle un peu par pitié, en se disant que, pauvre de moi, je me suis déplacée sans avoir pu prendre la parole. Comme si j'avais besoin, comme eux, de parler pour ne rien dire: "Et sur ce point, comment ça se passe au PIFARC?" Comme je ne suis plus du tout depuis un bon moment, je prends toujours un peu de temps pour activer le micro et je fais une phrase qui contient, dans n'importe quel ordre, les mots suivants "dispositif", "fiches de synthèse", "PIFARC", "procédure" et toujours une donnée chiffrée (parfois 3, souvent 22 000, ou 60%). Après j'éteins le micro et je bois un peu d'eau. De toute manière dans ces réunions, personne ne comprend rien à rien mais tout le monde sort en disant "On a bien avancé". Cela dépend d'où on part. On est pas égaux. Ou bien cela dépend où on va. Si on a pour objectif d'atteindre les méandres de la stupidité collective, avec une équipe de 22 et un peu de matos, en deux heures effectivement on avance bien.
Parfois, après la réunion, si j'ai été brillante (ce qui signifie que j'ai pointé du doigt une des 15 mauvaises idées générées par la réflexion commune) j'ai droit à un petit commentaire positif :"Je crois que vous avez raison, chercher les numéros de téléphone des 11000 patients dans les pages jaunes risque d'être laborieux". C'est assez propre aux médecins: en dehors de la médecine ils ne savent rien faire. D'ailleurs, preuve qu'ils sont moins malins que les autres: ils mettent 15 ans de plus à finir leurs études et ne commencent à bosser vraiment qu'à 30 ans! Et personne ne leur dit jamais rien? S'ils ont du mal c'est qu'ils mettent tous leurs neurones au service de la science. Ils n'ont aucun sens pratique. Le monde extérieur et ses modes de communication, les relations sociales entre les êtres sans blouse, la vie pratique, on ne se rend pas compte de leur souffrance quotidienne: chaque petite chose à faire en dehors de l'hôpital est une épreuve. C'est pourquoi ils ne se sentent bien qu'entre eux.
J'essaye toujours de m'enfuir le plus vite possible ou d'aller aux WC le temps que tout le monde ait évacué les lieux car ce que je déteste par dessus tout c'est d'être dans l'ascenseur avec un des intervenants. C'en est presque une phobie. Quand la réunion s'arrête je veux basculer vers une autre tâche comme dirait Windows. Boire un demi et fumer une clope à la maison.
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