Garder un secret est pour moi une épreuve insurmontable et quelque chose d'insupportable.
Il est courant de rencontrer des personnes qui pimentent leur vie sans saveur par la création et la divulgation de secrets. Il y a même des cas graves dans mon entourage mais je ne citerai personne (ma belle-mère a raconté à Laurent que le père de son cousin n'était pas son vrai père mais qu'il ne fallait rien lui dire car lui-même ne le savait pas).
Je ne suis pas dans cette catégorie de divulgatrices. Je ne retire aucun plaisir à raconter mais je ressens un soulagement immense, une libération dans la trahison de la parole. Peut-être ai-je été marquée par le couple parental avec ses "non-dits" et ses "trop-dits" et qui, comme tous les couples, tentait de préserver ses enfants de ses histoires, sans jamais y parvenir. J'avais le sentiment de tout savoir tout en étant complètement à côté de la plaque. Je me sentais responsable de tout le monde et investie d'une mission quasi mystique de protection de chaque membre de la famille. Mais j'étais également obsédée par l'idée d'être juste et loyale. Du coup j'étais très angoissée par des questions sans réponse. Comment faire pour que personne ne soit malheureux? Pour que mes frères et soeurs ne soient pas au courant? Qui dit vrai? De quel côté être? Qui est le faible, qui est le fort? Pendant 2 ans je suis allée au cathé. Ca a renforcé le gène hérité de mon paternel, celui de la morale judéo-chrétienne et de l'auto-flagellation. En même temps, ma mère (avec son ton de rien n'est grave qui m'a toujours hyper angoissée) m'avait dit que le mensonge par omission n'était "pas vraiment un mensonge". Chaque fois qu'elle dit quelque chose qui peut avoir des conséquences sur moi j'essaye de boucher mes oreilles en chantant "We Wish You A Merry Christmas" très fort dans ma tête mais ca ne marche jamais. Et cette fois-là non plus ca n'a pas marché.
Lorsqu'on mixe l'héritage du père et de la mère dans une centrifugeuse qui tourne très vite on obtient un mélange des deux un peu bizarre. Comme la couleur de la pâte à modeler quand on l'a trop mélangée entre le caca d'oie et le rose antique. Du coup, assez longtemps je ne me suis autorisé que le mensonge par omission, je racontais tous les secrets mais ma conscience me fouettait en me disant que rien de tout ça n'était moralement acceptable.
J'ai beaucoup menti lorsque j'étais avec Aldo. J'en souffrais terriblement mais pansais les plaies de ma conscience avec ses propres mensonges à lui. Je n'ai jamais été en reste, il me fournissait généreusement en sparadraps.
Dès le début de notre relation, Laurent m'a fait comprendre qu'il ne supportais pas d'être pris pour un con. Je lui avais menti par omission, une fois, pour un pelotage malheureux par un ex auquel j'avais succombé pour me venger que Laurent passe une fois de plus la nuit chez papa et maman pour voir sa fifille. Sa réaction avait été assez impressionnante (enfin, il a fait la gueule tout l'après-midi dans le jardin de ses parents pendant que je me demandais ce que j'y foutais). Mais je préfère qu'il soit comme ça, rapport à mon allergie totale au mensonge. Le problème c'est que sa fille est aussi menteuse qu'il ne l'est pas et que depuis qu'elle vit avec nous il ne s'est pas passé une seule journée sans mensonge. Pourtant, j'aurais souhaité qu'on en vive au moins une, comme la journée sans tabac: j'ai essayé, supplié, quémandé en lui expliquant mon cas, en lui disant que c'était très douloureux pour moi et que cela bloquait toute possibilité de créer une relation (pas seulement avec moi). Rien n'y a fait. Pour elle, le mensonge est un langage et c'est le seul mode d'expression qu'elle connaisse. Déception de mon côté, d'autant que j'ai découvert que Laurent ne supportait pas d'être pris pour un con, sauf par sa fille et qu'il s'accommodait bien de sa mythomanie lorsqu'il ne l'ignorait pas totalement. Il part donc toujours du principe que je suis une fourbe menteuse et qu'il m'arrive de dire la vérité alors que sa fille est une enfant charmante qui dérape parfois. Ce n'est pas le coeur du problème même si, voir son mari avaler des soupes de couleuvre n'est pas très agréable. Mais le mensonge est dans ma maison, comme un virus, comme un parasite, comme un champignon qui bouffe la moquette et le papier peint. Je le hais et j'ai envie de battre celui ou celle qui le nourrit. J'ai aussi envie de crier sur celui qui me demande de garder un secret, de lui dire qu'il me fait mal en croyant me faire du bien. J'ai envie de lui hurler "We Wish You A Merry Christmas" dans ses oreilles à lui et de lui demander de raconter son secret à un psy ou un curé. Moi des secrets, j'en ai aucun et je n'ai jamais dit à personne "promets moi de ne pas le répéter".
Mes secrets je les tue dans l'oeuf. Ils sont déflorés avant même d'avoir existé.
La fille de Laurent ne changera pas sur ce point mais je prie pour que mon enfant à moi ne soit pas un menteur. Je ne veux pas non plus que le gène judéo-chrétien le gouverne. Je ne veux pas l'écraser en lui disant tout, ni en faire une tapette en ne lui disant rien. Belle utopie que d'espérer parvenir à lui dire uniquement la vérité dont il a besoin en le préservant du reste. Et évidement, comme mes parents, comme les parents de mes parents et les parents des parents de mes parents, je vais échouer.
Je ne suis pas dans cette catégorie de divulgatrices. Je ne retire aucun plaisir à raconter mais je ressens un soulagement immense, une libération dans la trahison de la parole. Peut-être ai-je été marquée par le couple parental avec ses "non-dits" et ses "trop-dits" et qui, comme tous les couples, tentait de préserver ses enfants de ses histoires, sans jamais y parvenir. J'avais le sentiment de tout savoir tout en étant complètement à côté de la plaque. Je me sentais responsable de tout le monde et investie d'une mission quasi mystique de protection de chaque membre de la famille. Mais j'étais également obsédée par l'idée d'être juste et loyale. Du coup j'étais très angoissée par des questions sans réponse. Comment faire pour que personne ne soit malheureux? Pour que mes frères et soeurs ne soient pas au courant? Qui dit vrai? De quel côté être? Qui est le faible, qui est le fort? Pendant 2 ans je suis allée au cathé. Ca a renforcé le gène hérité de mon paternel, celui de la morale judéo-chrétienne et de l'auto-flagellation. En même temps, ma mère (avec son ton de rien n'est grave qui m'a toujours hyper angoissée) m'avait dit que le mensonge par omission n'était "pas vraiment un mensonge". Chaque fois qu'elle dit quelque chose qui peut avoir des conséquences sur moi j'essaye de boucher mes oreilles en chantant "We Wish You A Merry Christmas" très fort dans ma tête mais ca ne marche jamais. Et cette fois-là non plus ca n'a pas marché.
Lorsqu'on mixe l'héritage du père et de la mère dans une centrifugeuse qui tourne très vite on obtient un mélange des deux un peu bizarre. Comme la couleur de la pâte à modeler quand on l'a trop mélangée entre le caca d'oie et le rose antique. Du coup, assez longtemps je ne me suis autorisé que le mensonge par omission, je racontais tous les secrets mais ma conscience me fouettait en me disant que rien de tout ça n'était moralement acceptable.
J'ai beaucoup menti lorsque j'étais avec Aldo. J'en souffrais terriblement mais pansais les plaies de ma conscience avec ses propres mensonges à lui. Je n'ai jamais été en reste, il me fournissait généreusement en sparadraps.
Dès le début de notre relation, Laurent m'a fait comprendre qu'il ne supportais pas d'être pris pour un con. Je lui avais menti par omission, une fois, pour un pelotage malheureux par un ex auquel j'avais succombé pour me venger que Laurent passe une fois de plus la nuit chez papa et maman pour voir sa fifille. Sa réaction avait été assez impressionnante (enfin, il a fait la gueule tout l'après-midi dans le jardin de ses parents pendant que je me demandais ce que j'y foutais). Mais je préfère qu'il soit comme ça, rapport à mon allergie totale au mensonge. Le problème c'est que sa fille est aussi menteuse qu'il ne l'est pas et que depuis qu'elle vit avec nous il ne s'est pas passé une seule journée sans mensonge. Pourtant, j'aurais souhaité qu'on en vive au moins une, comme la journée sans tabac: j'ai essayé, supplié, quémandé en lui expliquant mon cas, en lui disant que c'était très douloureux pour moi et que cela bloquait toute possibilité de créer une relation (pas seulement avec moi). Rien n'y a fait. Pour elle, le mensonge est un langage et c'est le seul mode d'expression qu'elle connaisse. Déception de mon côté, d'autant que j'ai découvert que Laurent ne supportait pas d'être pris pour un con, sauf par sa fille et qu'il s'accommodait bien de sa mythomanie lorsqu'il ne l'ignorait pas totalement. Il part donc toujours du principe que je suis une fourbe menteuse et qu'il m'arrive de dire la vérité alors que sa fille est une enfant charmante qui dérape parfois. Ce n'est pas le coeur du problème même si, voir son mari avaler des soupes de couleuvre n'est pas très agréable. Mais le mensonge est dans ma maison, comme un virus, comme un parasite, comme un champignon qui bouffe la moquette et le papier peint. Je le hais et j'ai envie de battre celui ou celle qui le nourrit. J'ai aussi envie de crier sur celui qui me demande de garder un secret, de lui dire qu'il me fait mal en croyant me faire du bien. J'ai envie de lui hurler "We Wish You A Merry Christmas" dans ses oreilles à lui et de lui demander de raconter son secret à un psy ou un curé. Moi des secrets, j'en ai aucun et je n'ai jamais dit à personne "promets moi de ne pas le répéter".
Mes secrets je les tue dans l'oeuf. Ils sont déflorés avant même d'avoir existé.
La fille de Laurent ne changera pas sur ce point mais je prie pour que mon enfant à moi ne soit pas un menteur. Je ne veux pas non plus que le gène judéo-chrétien le gouverne. Je ne veux pas l'écraser en lui disant tout, ni en faire une tapette en ne lui disant rien. Belle utopie que d'espérer parvenir à lui dire uniquement la vérité dont il a besoin en le préservant du reste. Et évidement, comme mes parents, comme les parents de mes parents et les parents des parents de mes parents, je vais échouer.
3 commentaires:
Oui voilà, tu vas échouer.
Chacun s'arrange avec le mensonge, les multiples possibilités de le contourner, l'éviter ou le valoriser. Ce n'est pas héréditaire, ni acquis, un petit bout d'un parent, un petit bout de l'autre. Chacun doit improviser avec car c'est à soi seul et ça relève de son positionnement face à la culpabilité. J'ai voulu enseigner à mes enfants la non-culpabilité car la culpabilité, c'est un poison. Mais j'ai échoué ça s'enseigne pas.
C'est un long, long, travail que chacun devrait faire mais qu'on ne fait pas car en culpabilisant on éprouve une certaine jouissance... ça a du bon, c'est très utile, ça sert d'alibi, le plus souvent. Ce que les enfants n'aiment pas c'est pas qu'on leur mente ou qu'on leur dise tout c'est qu'on continue de vivre, d'aimer malgré eux, en dehors d'eux. Donc quoiqu'on fasse on fera pas bien.
Le plus beau cadeau que ma mère m'ait fait c'est de m'avoir toujours donné confiance en moi, sans jamais douter. La confiance se transmets.Mais tu as raison, la culpabilité ou la non-culpabilité est tout à fait personnelle et ne peut se transmettre. Je suis d'accord, c'est un poison. Je refuse tous les jours qu'elle dicte mes actes. Par contre je ne ressens aucune jouissance dans la culpabilité... Il m'arrive cependant de me sentir coupable de ne jamais me sentir coupable même quand j'essaye de me souvenir des conseils de ma mère!
Je ne crois pas que les enfants n'aiment pas l'idée qu'on continue de vivre ou d'aimer malgré eux, au contraire, mais juste qu'ils peuvent souffrir d'avoir l'impression d'être "dans la confidence". C'est tellement difficile tout ça et un peu perdu d'avance,disons qu'on fait tous de notre mieux.
A propos du "Je ne t'ai rien dit" (quand quelqu'un te confie un truc genre "tu gardes ça pour toi") je n'ai plus te problème avec depuis que je prends la personne au mot : OK tu ne m'as rien dit... ça passe à la trappe même si ce n'est pas l'effet recherché dans cette dénégation... Curieusement, on s'aperçoit que quand on dit ça "je ne t'ai rien dit" en fait c'est destiné à tout le contraire = je te dis un truc super important, à toi de te débrouiller avec... C'est ça qui pèse... Moi, le "sale petit secret" comme dit Gilles Deleuze, j'en veux pas, je prends pas et surtout je ne vois pas en quoi il est "sale"... Tout le monde a le même (ou les mêmes) d'ailleurs...
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