samedi 19 avril 2008

Oui

Laurent et moi, pour le printemps, sommes invités à 4 mariages (et peut-être à un enterrement - on en a tellement depuis 3 ans - mais on a pas encore reçu de faire-part). Il y en a au moins un auquel je n'irai pas: celui d'un ancien client à lui, un fou à lier que je n'ai vu qu'une seule fois. Ensuite il y en a deux qui m'angoissent: celui du frère de Laurent et celui d'un copain de la salle de sport, hyper déprimé. Enfin, il y en a un auquel j'ai bien envie d'être, celui de mon amie d'adolescence. Mais elle et son mec ont déjà un enfant et comme pour moi, c'est la plus grande preuve d'engagement qu'on puisse se faire, la pression au mariage est quand même moindre quand on en a déjà un.

Le mariage de mon beau-frère m'angoisse donc (comme presque tous les mariages). L'idée de passer la journée avec mes beaux-parents dans un temple hindouiste du 91, habillés en sari, ne m'enchante guère. Je ne suis pas sûre de favoriser les augures. Je ne suis pas certaine d'être une joyeuse représentante de l'union familiale, encore moins d'être la parfaite ambassadrice du bonheur de porter leur nom.

Remarque, mes beaux-parents eux -mêmes n'avaient pas envoyé d'ondes très positives lors de mon mariage.
J'avais fait le bel acte manqué de me tromper de code postal sur leur invitation qui ne leur était parvenue que 3 semaines plus tard.
Ils étaient tout de même venus, animés par l'esprit de sacrifice peut être. A la fin du repas, ma belle-mère n'avait pas manqué de pleurer goulûment dans les bras de son fils - qu'elle perdait une deuxième fois - en lui disant "je t'aiiiiime". Plus tard, mon beau-père nous a commenté que ce mariage était un "drame de plus dans la vie de Lola" et qu'il avait eu lieu trop tôt, alors "qu'elle était encore en deuil".
Comme ils sont fins et gentils; quels égoïstes nous sommes!

Le premier mariage de Laurent avait eu lieu dans un château, avec des fleurs partout, une calèche avec cocher et un photographe professionnel. Mais sur les portraits en forme de coeur, Laurent avait les yeux rouges et gonflés, à cause du pollen des fleurs. Pour mon mariage, je voulais tout le contraire. Un restaurant modeste, un comité réduit et des cadeaux personnalisés (robe faite à la main, jolis souliers, verres à Bordeaux et machine à bière). Le soir, nous avons mangé des pizzas.
Alors, à part le sketch de mes beaux-parents - qui ont l'art de saloper tous les évènements majeurs de ma vie et d'investir tous mes domaines d'intervention (grossesse, naissance, mariage, boulot, amitiés, éducation des enfants) - je garde plutôt un bon souvenir de mon mariage. Parce que nous l'avions choisi comme cela avec Laurent.

Quinze jours après, en séance, Rozenberg m'avait énervée avec un "Pourquoi le mariage?" auquel j'avais eu envie de répondre "Pourquoi vous êtes gros?" Finalement, je pensais c'est facile d'être un psy: tu prends des gros mots comme, "désir", "adoption", "mariage", "mère", "père" et devant tu mets "Pourquoi...?" Rien qu'avec ces 5 mots tu peux tenir 6 mois et gagner 1000 euros.

En tout cas c'est fait, je suis mariée, casada comme on dit en espagnol, casée, à la maison. Et c'est à la fois faux et vrai que ca ne change rien. J'ai remarqué que les gens mariés disaient plus facilement "le mariage ça ne change rien", peut être que ça rassure. Symboliquement, ça change tout. Le poids de la tradition, de l'union familiale, de la religion (le fait qu'on se marie ou non à l'église a un sens), le jeu du nom et de l'identité, quoi qu'on fasse ou qu'on en dise, le mariage reste une institution...

Au regard de ce qui s'est passé avec ma belle-famille, je ne le referais pas, en tout cas pas comme ça et pas à ce moment-là. Je me suis trahie en quelque sorte, j'ai dévoilé que j'étais en quête de légitimité par rapport à l'ex-femme de Laurent, par rapport à sa fille, aux yeux de sa famille. J'étais un peu fragile et dans le chaos j'avais besoin de ne pas pouvoir m'enfuir, bloquer les issues de secours, le temps que la tempête passe. Je me suis mariée pour qu'on me foute la paix et j'ai obtenu l'effet inverse: j'ai ouvert la porte à la névrose familiale qui s'est engouffrée dans ma propre maison, j'ai accepté implicitement l'ingérence, pour le pire (et très peu souvent pour le meilleur).
Si je ne m'étais pas sentie en danger, j'aurais assumé avec fierté mon illégitimité et d'être avec Laurent juste parce que je l'aime d'un amour indémontable, et pour aucune autre raison.

Sans doute aussi, que je me suis mariée pour faire comme Papa et Maman.

Rozenberg, t'es content? J'ai répondu à ta putain de question?

2 commentaires:

Doris a dit…

"Mon Rosenberg" à moi m'avait dit "Oui... méfiez-vous du mariage (la proposition) comme argument de séduction..." ça m'avait énervée aussi... mais comme j'ai pas épousé celui qui me l'avait faite cette proposition... finalement, j'ai fait "comme il a dit"... je me suis méfiée... Ah quoiqu'on fasse, on se trompe beaucoup toujours... Il n'y a pas de voie royale...
(Sinon, j'aime beaucoup l'expression "fou allié"... celui dont tu ne veux pas aller au mariage...)

Jasagana a dit…

ah oui ah ah. beau lapsus... mais je vais corriger