
J'ai acheté le dernier numéro du magazine Famili pour le plus-produit (comme on dit dans le jargon de la presse) qui était un DVD de Didou un lapin qui dessine et qu'affectionne assez Diego. J'en ai eu pour 3.50 euros seulement: Le Monde, Famili et Didou.
Je n'ai pas l'habitude d'acheter ce genre de presse que je déteste assez. Elle a l'air innocent mais s'avère pernicieuse à mieux la dépouiller.
Voilà les entrées en cover (re-jargon de la presse, déformation ex-professionnelle oblige): Son premier trousseau, c'est moi qui le tricote / Dans mon ventre, qu'entend-il? / Interview de Xavier Bertrand /Nutrition des 0-3 ans.
L'édito avec la gueule de l'aristo qui s'est imposée Rédac chef s'intitule "Que l'on aime Nicolas Sarkozy ou pas, c'est notre Président pour 5 ans!" Ca commencait super mal. J'ai quand même parcouru le magazine, jusqu'à ce que je tombe sur le dossier nutrition qui s'ouvre sur une double page: allaiter ou non. Et là, comme d'habitude j'ai bien envie de péter des dents. Faire deux pages avec à gauche les raisons d'allaiter et à droite les raisons de ne pas le faire en les opposant diamétralement, d'emblée ça m'agace. Mais le pire ce sont les "raisons" du "choix" qu'on peut faire. Page de gauche: "J'ai envie de fusion avec mon bébé: je l'allaite! Au début c'est difficile mais ensuite c'est le nirvana!" VS "L'allaitement, très peu pour moi, je choisis le biberon! On ne le répétera jamais assez, dans nos pays développés, les enfants nourris au biberon sont en aussi bonne santé que les autres".
Les salauds.
Dans la vie c'est simple: y'a les bons (Sarko, Xavier Bertrand et les femmes qui tricotent) et les méchants (qui n'acceptent pas cette image de la France). Il y a aussi les mal baisées qui se ruent sur l'allaitement pour entrer en fusion avec bébé et les vraies femmes actuelles du monde civilisé qui ont compris que le biberon était une avancée.
Dans le magazine il y a plein de pub. Il y en une en double page, avec à gauche un beau bébé "Alexandre C. allaité 3 mois" et à droite un très beau bébé, "Alexandre L, pas allaité". Et on nous dit qu'ils ont chacun leur lait en boîte adapté.
Ce magazine (Groupe Marie-Claire) tire au moins à 120 000 exemplaires (sans doute plus) et ne coûte que 2.20 euros (avec un plus-produit). Comme tous les magazines il est financé à 80% par les annonceurs. Qui sont-ils ces gentils publicitaires qui nous donnent accès à une information objective nous permettant de faire des choix aussi essentiels qu'allaiter ou non et ce, en toute connaissance de cause? En vrac: Nestlé, Guigoz, Lactel... Ah non j'exagère y'a pas que les industriels du lait... il y a aussi les fabricants de biberons.
Ils ont bien raison de préciser que "dans nos pays développés" les bébés au biberon sont en aussi bonne santé que les autres. Pour obtenir de nouvelles parts de marché, les industriels inondent les pays émergeant d'échantillons de leur poudre blanche. Comme les femmes qui allaitaient traditionnellement veulent, elles aussi faire bénéficier leur tout-petit du "progrès", elles préparent des biberons. Sauf que l'eau est souillée. Et les bébés meurent, tout simplement. Ils crèvent. Non mais sinon, chez nous c'est bien, on ne le répétera jamais assez, la civilisation c'est quand même quelque chose. On a des industries, de l'eau potable, et du pognon grâce à ceux qui n'ont pas tout ça.
Ce qui emmerde les fabricants ce sont les irréductibles, ces hystériques qui s'échinent à allaiter. Pourtant c'est pas faute d'envoyer du monde dans les maternités pour proposer des biberons en pleine nuit, quand le nouveau-né pleure depuis 4 heures. Des "biberons de complément" ils appellent ça. Sauf qu'ils les proposent avant que l'allaitement ait commencé. "Des biberons de sabotage" ça devrait s'appeler. Si on se bagarre, qu'on évite ce piège et qu'on démare son allaitement, on atteint pas tout de suite le nirvana. Parce que faut faire ses preuves, c'est bien beau d'avoir du lait mais est-ce que vous en avez en assez grosse quantité et surtout est-ce qu'il est vraiment bon votre lait? Est-ce qu'il est assez nourrissant? D'ailleurs on pèse votre bébé le plus tôt possible et la sanction tombe. Comme à l'école. On se fait réprimander. Parce qu'il savent mieux que nous ce dont a besoin notre enfant. Eux ils ont reçu des formations sponsorisées par Guigoz, dans une salle avec des micros et des barrettes!
L'allaitement est toujours représenté à gauche.
Les Romains, très supersticieux, étaient convaincus que le symbole d'une tête tournée à gauche (sinistra en latin, qui signifie également malheureuse et funeste) était un signe de très mauvaise augure.
Allaiter? Ca porte malheur.
Sur une bande chronologique, la partie de gauche c'est le passé. Regarder à droite c'est être tourné vers l'avenir. Notre lecture occidentale des événements (et notre sens de lecture tout court) se fait de gauche à droite.
Allaiter? C'est grégaire.
La gauche c'est aussi la trahison. La place de Judas dans toutes les représentations de la Cène.
Allaiter? C'est déloyal.
La gaucherie c'est la maladresse. Alors que la dexterité va avec le savoir-faire.
Allaiter? C'est une bêtise.
Mais la gauche c'est aussi l'opposition, la remise en question de l'ordre établi, la subversion. Mais surtout, qu'on le veuille ou non, on ne le répetera jamais assez, la gauche est du côté du coeur.
Allaiter? C'est donner et résister.
http://www.bebeolait.com
Je n'ai pas l'habitude d'acheter ce genre de presse que je déteste assez. Elle a l'air innocent mais s'avère pernicieuse à mieux la dépouiller.
Voilà les entrées en cover (re-jargon de la presse, déformation ex-professionnelle oblige): Son premier trousseau, c'est moi qui le tricote / Dans mon ventre, qu'entend-il? / Interview de Xavier Bertrand /Nutrition des 0-3 ans.
L'édito avec la gueule de l'aristo qui s'est imposée Rédac chef s'intitule "Que l'on aime Nicolas Sarkozy ou pas, c'est notre Président pour 5 ans!" Ca commencait super mal. J'ai quand même parcouru le magazine, jusqu'à ce que je tombe sur le dossier nutrition qui s'ouvre sur une double page: allaiter ou non. Et là, comme d'habitude j'ai bien envie de péter des dents. Faire deux pages avec à gauche les raisons d'allaiter et à droite les raisons de ne pas le faire en les opposant diamétralement, d'emblée ça m'agace. Mais le pire ce sont les "raisons" du "choix" qu'on peut faire. Page de gauche: "J'ai envie de fusion avec mon bébé: je l'allaite! Au début c'est difficile mais ensuite c'est le nirvana!" VS "L'allaitement, très peu pour moi, je choisis le biberon! On ne le répétera jamais assez, dans nos pays développés, les enfants nourris au biberon sont en aussi bonne santé que les autres".
Les salauds.
Dans la vie c'est simple: y'a les bons (Sarko, Xavier Bertrand et les femmes qui tricotent) et les méchants (qui n'acceptent pas cette image de la France). Il y a aussi les mal baisées qui se ruent sur l'allaitement pour entrer en fusion avec bébé et les vraies femmes actuelles du monde civilisé qui ont compris que le biberon était une avancée.
Dans le magazine il y a plein de pub. Il y en une en double page, avec à gauche un beau bébé "Alexandre C. allaité 3 mois" et à droite un très beau bébé, "Alexandre L, pas allaité". Et on nous dit qu'ils ont chacun leur lait en boîte adapté.
Ce magazine (Groupe Marie-Claire) tire au moins à 120 000 exemplaires (sans doute plus) et ne coûte que 2.20 euros (avec un plus-produit). Comme tous les magazines il est financé à 80% par les annonceurs. Qui sont-ils ces gentils publicitaires qui nous donnent accès à une information objective nous permettant de faire des choix aussi essentiels qu'allaiter ou non et ce, en toute connaissance de cause? En vrac: Nestlé, Guigoz, Lactel... Ah non j'exagère y'a pas que les industriels du lait... il y a aussi les fabricants de biberons.
Ils ont bien raison de préciser que "dans nos pays développés" les bébés au biberon sont en aussi bonne santé que les autres. Pour obtenir de nouvelles parts de marché, les industriels inondent les pays émergeant d'échantillons de leur poudre blanche. Comme les femmes qui allaitaient traditionnellement veulent, elles aussi faire bénéficier leur tout-petit du "progrès", elles préparent des biberons. Sauf que l'eau est souillée. Et les bébés meurent, tout simplement. Ils crèvent. Non mais sinon, chez nous c'est bien, on ne le répétera jamais assez, la civilisation c'est quand même quelque chose. On a des industries, de l'eau potable, et du pognon grâce à ceux qui n'ont pas tout ça.
Ce qui emmerde les fabricants ce sont les irréductibles, ces hystériques qui s'échinent à allaiter. Pourtant c'est pas faute d'envoyer du monde dans les maternités pour proposer des biberons en pleine nuit, quand le nouveau-né pleure depuis 4 heures. Des "biberons de complément" ils appellent ça. Sauf qu'ils les proposent avant que l'allaitement ait commencé. "Des biberons de sabotage" ça devrait s'appeler. Si on se bagarre, qu'on évite ce piège et qu'on démare son allaitement, on atteint pas tout de suite le nirvana. Parce que faut faire ses preuves, c'est bien beau d'avoir du lait mais est-ce que vous en avez en assez grosse quantité et surtout est-ce qu'il est vraiment bon votre lait? Est-ce qu'il est assez nourrissant? D'ailleurs on pèse votre bébé le plus tôt possible et la sanction tombe. Comme à l'école. On se fait réprimander. Parce qu'il savent mieux que nous ce dont a besoin notre enfant. Eux ils ont reçu des formations sponsorisées par Guigoz, dans une salle avec des micros et des barrettes!
L'allaitement est toujours représenté à gauche.
Les Romains, très supersticieux, étaient convaincus que le symbole d'une tête tournée à gauche (sinistra en latin, qui signifie également malheureuse et funeste) était un signe de très mauvaise augure.
Allaiter? Ca porte malheur.
Sur une bande chronologique, la partie de gauche c'est le passé. Regarder à droite c'est être tourné vers l'avenir. Notre lecture occidentale des événements (et notre sens de lecture tout court) se fait de gauche à droite.
Allaiter? C'est grégaire.
La gauche c'est aussi la trahison. La place de Judas dans toutes les représentations de la Cène.
Allaiter? C'est déloyal.
La gaucherie c'est la maladresse. Alors que la dexterité va avec le savoir-faire.
Allaiter? C'est une bêtise.
Mais la gauche c'est aussi l'opposition, la remise en question de l'ordre établi, la subversion. Mais surtout, qu'on le veuille ou non, on ne le répetera jamais assez, la gauche est du côté du coeur.
Allaiter? C'est donner et résister.
http://www.bebeolait.com
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