mardi 29 avril 2008

Petite encyclopédie du savoir-nuire

Voici le premier volume du dictionnaire pratique du parlé névro-toxico.
Composé d'exemples vécus, il vous propose de petites phrases prêtes à l'emploi dans des situations concrètes.
Cette encyclopédie vous sera très utile si vous avez l'intention de nuire prochainement à une personne de votre entourage.


A
amour, n.m
L'amour est une notion fourre-tout très pratique. C'est un des vocables les plus usités dans le chantage affectif. Quelqu'un refuse de se laisser envahir? Dîtes que c'est parce qu'il ne vous aime pas. Faites de même face à une interdiction. Si on vous dit "Non", c'est qu'on ne vous aime pas. Si on vous demande du respect et qu'on ne supporte pas vos mensonges et votre affreux comportement, c'est qu'on ne vous aime pas. Car quand on aime, on pardonne tout.
Vous pouvez tout à fait associer le verbe aimer et avoir car le fait d'aimer vous octroie automatiquement le droit de posséder.
Au nom de l'amour, autorisez-vous toutes les folies (insultes, chantage, manipulations), on ne vit qu'une fois! C'est tellement beau l'amour, personne ne pourra vous contredire sans passer pour un être insensible. Quelle belle cause que la votre.
Ex: "Nous nous sentons mal-aimés", "Tu ne nous as jamais aimés", "Elle est juste en quête d'amour, pas de harcèlement moral", "J'entends dire partout qu'on n'aime pas notre petit-fils, c'est faux seulement on ne l'a jamais", "Tout s'arrange car nous l'aimons très fort"

B
belle-mère, belle-fille, n.f
La belle-mère (la deuxième femme de votre géniteur) est forcément une très mauvaise personne. Voleuse de père, garce autoritaire et sans affect, vous pourrez facilement décharger toutes vos mauvaises pensées sur elle. Elle n'a pas de sentiment donc ne souffrira pas. N'hésitez pas à lui rappeler que vous étiez avant elle dans le coeur de son mari, avant elle dans la famille, avant elle tout court. Si elle se met dans votre chemin, menacez de fuguer, si cela ne suffit pas à ébranler son couple, menacez de vous suicider et faites en sorte que tout le monde sache qu'elle est responsable de votre détresse en laissant des lettres d'adieux aux autres membres de la famille. Mettez-vous toujours sur un pied d'égalité avec elle. N'oubliez pas qu'elle est votre ennemi n°1 (celle qui a séparé papa et maman, même si elle est arrivée 10 ans après le divorce), votre concurrente pour la vie (celle qui vous empêche de vous promener main dans la main avec papa).
La belle-fille (la femme de votre fils)mérite la même peine. Voleuse d'enfant (voire de petit-enfant), garce autonome et insensible, elle ne pense qu'à elle et ne veut surtout pas être emmerdée. Elle est machiavélique et ne poursuit qu'un seul objectif: vous faire souffrir. Immature et superficielle, elle monte en tours pour la moindre critique faite sur des thèmes pourtant secondaires (sa façon d'élever ses enfants, son mariage, son travail ou ses relations sociales et affectives).
Faites savoir que vous n'êtes pas naïfs et que vous connaissez ses intentions (avoir une part de votre héritage). Vous pouvez aussi rappeler à votre belle-fille son illégitimité totale et éternelle en renforçant la place de l'ex-femme de votre fils. A partir du moment où elle porte votre nom vous pouvez tout vous permettre. Ayez de l'imagination et ne vous souciez pas du manque d'élégance.
Ex: "Ma belle-mère est une pute", "Ma belle-mère me fait chier", "Ma belle-mère est une salope", "Mon père est le petit chien de ma belle-mère", "Mon père aime plus ma belle-mère que moi", "Il n'y a que ta mère et ta soeur qui comptent pour toi", "faiblarde","Ce mariage est un drame", "J'espère que tu te feras virer de partout comme tu t'es fait virée de ta boîte" "Tu terrorises ma petite-fille!" "Tu fais vivre ma petite-fille dans un système semi-carcéral" "Tu nous fais une vie d'enfer" "Je ne te laisserai pas gâcher les dix belles années qui nous restent à vivre"

C
chantage, n.m
C'est votre meilleur allié pour parvenir à vos fins. Utilisez la mauvaise conscience de l'autre pour qu'il se laisse vampiriser. Plantez le décor: vous êtes un martyr entouré d'ingrats. Prenez tout en charge, même si l'on ne vous demande rien: garder le courrier, laver le linge, trier les encombrants, payer le téléphone et faire les démarches administratives.
Les personnes peuvent aussi servir d'otages. Utilisez votre petite-fille pour voir votre fils, votre fils pour voir votre petit-fils etc. Faites une grande chaîne de l'amour.
Si vous n'êtes pas convié chez les gens, imposez-vous, vous êtes dans votre bon droit. Passez chez eux à l'improviste et si ils ne sont pas là ou qu'ils dorment, si on vous fait remarquer que ce n'est pas très correct, plaignez-vous et continuez de visiter leur domicile... lorsqu'ils sont à leur bureau (si, si vous avez le droit... au nom de l'amour).
Commencez toutes vos phrases par "Après tout ce que j'ai fait...". Si quelqu'un sous votre coupe manifeste qu'il veut vivre sa vie et que l'idée même vous est insupportable, faites comprendre à tout le monde que vous ne vous en remettrez jamais.
Ex: Lorsque votre petite-fille parle de sa mère, ou pire, de ses autres grands-parents, ou même de quelqu'un d'autre que vous, changez de sujet. Si elle souhaite les voir, faites une crise et dites "c'est impossible" "ça n'ira jamais" "ça va très mal se passer". Faites le vide autour d'elle, dites que tout le monde la déteste sauf vous et si elle pense encore que d'autres l'aiment, faites concrètement en sorte qu'ils ne l'aiment plus en l'aidant à se rendre insupportable.

D
deuil, n.m.
Le deuil est une carte très utile dans le grand jeu de la Famille en or. Elle rend celui qui la porte intouchable, comme le totem de Khô-Lanta. Contrairement à ce qu'on peut imaginer, le deuil n'est pas une affaire intime et personnelle. Vous pouvez très bien, sans aucune gêne, parler au nom des autres de leur propre deuil et leur attribuer ou leur retirer le statut d'endeuillé(e). Vous pouvez également déterminer librement la durée de leur deuil.
Ex: "Ma petite fille est dans une période de deuil", "Ce mariage est arrivé trop tôt, ma petite-fille était encore en deuil","Mon fils doit faire le deuil de son ex-femme"

E
enceinte, adj.
Accepter une belle-fille ce n'est déjà pas facile. Qu'elle soit enceinte est très problématique. Bien sûr, un nouvel être naîtra qui pourra, comme tous les autres, se sacrifier sur l'autel de votre névrose, mais cet être aura le gros défaut d'avoir une mère.
Ex: Pour annoncer à votre entourage que vous allez avoir un nouveau petit-enfant ne dites surtout pas "Ma belle-fille est enceinte", dites "Mon fils va être papa".

F
fille, n.f.
Si vous n'en avez pas, vengez-vous. Tout ce qui peut faire office de fille de substitution sera intéressant. La petite-fille est le sujet idéal, surtout si sa mère biologique n'est plus là et que vous vous considérez comme sa deuxième maman. L'idéal est d'avoir maintenu votre fils à distance et d'avoir entretenu sa paternité sur un mode délégatoire ce qui vous aura octroyé une légitimité plus grande (le volume horaire est de votre côté. La biologie? On l'emmerde). Faites tout ce que prétend vouloir votre petite-fille. Accédez à ses demandes les plus folles et couvrez-la de cadeaux. C'est mauvais pour elle mais c'est bon pour vous. Gâtez-la comme une grand-mère mais prenez toute la place dans son éducation, comme si vous étiez sa mère. Jouez sur tous les tableaux. Ne laissez personne intervenir dans cette histoire. Si quelqu'un s'ingère (au nom des liens biologiques par exemple), dites que vous souffrez de la situation et que vous ne faites pas les choses par plaisir, que vous êtes contraint de les faire puisque personne ne s'en charge. Mais si par malheur ce même quelqu'un cherche à réparer son absence (en se chargeant des devoirs, de la santé, du linge etc), allez récupérer votre bien, quitte à faire le nettoyage par le vide . C'est votre chose. Et rappelez-vous: vous faites tout cela au nom de l'amour.
Ex: "Ca ne sera jamais ta fille, tu m'entends?" (vous pouvez crier cette phrase pour lui donner plus d'impact). "Si tu avais été un bon père, tu serais venus vivre chez nous".
NB: Les belles-filles font de très mauvaises filles de substitution. Il n'y a que deux exceptions: elles sont dans le besoin (donc dociles) ou elles sont mortes (les absents ont toujours tort). Si vos belles-filles ne sont pas à la recherche d'une filiation imaginaire (elles s'entendent bien avec leur propre mère), cherchez des jeunes femmes en difficultés dans le voisinage: allez les visiter, appelez-les, aidez-les, bref faites ce que vous savez faire de mieux: vampiriser.
Ex: Prétendez que vous vous faites du souci pour la petite amie cocue de l'ex mari alcoolique de votre ex-belle fille cocue.

...

Généralités:
N'oubliez pas que tout ce qui peut préserver votre névrose et favoriser l'immobilisme peut être utilisé: symptômes physiques (corpulence inquiétante, maigreur, blocages de dos, de genou, de cheville, douleurs au ventre, au sternum, souffrances chroniques en tout genre attirant l'attention et provoquant un contact physique), crises de larmes (possibles à tout âge elles peuvent être accesorisées d'arrachage de cheveux, d'autos-griffures ou d'appels au secours), menaces ou insultes écrites (très pratiques, elles se disposent à des endroits stratégiques et peuvent s'emmener partout) ou verbales (comme les coups de poing des flics en garde à vue, elles ont l'intérêt d'être violentes mais ne laissent pas de trace).

Faites une bonne réserve de prétextes. Ils seront utiles pour justifier vos actions les plus dégueulasses et vos propos les plus déraisonnables.
Retournez sans réfléchir les reproches qui vous sont faits. Vous pratiquez le harcèlement moral? Accusez les autres. Vous avez menti? Mentez à nouveau pour vous couvrir. Un témoin a rapporté votre comportement néfaste? Faites de la diffamation pour le neutraliser.

Quoi qu'il en soit, si vous êtes pris sur le fait: niez, transformez vos dires, prétextez un moment d'énervement, minimisez, mentez. N'avouez jamais. Ne perdez pas de vue que s'excuser c'est avouer. Et surtout - mais cela va sans dire - ne demandez jamais pardon.
De toute façon, ce que vous avez dit ne peut en aucun cas être prouvé et ce que vous avez écrit a été "mal interprété". Les mots n'ont pas de sens. Les actes n'existent pas. Rien n'est réel sauf le vide de votre vie. N'oubliez pas que le plus important est votre souffrance intérieure, prenez-en soin.
N'essayez jamais de vous en sortir, vous prendriez le risque d'être heureux et donc de ne plus être au centre de la vie des autres.
D'ailleurs, la vie des autres? Quelle vie des autres?

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