Le blog-thérapie c'est pire qu'un tamagoshi. Il faut le nourrir, le nettoyer, en prendre soin.
C'est du travail! C'est même un travail au sens psychanalytique du terme. C'est toujours moins contraignant et moins coûteux qu'une vraie thérapie: quand il faut traverser Paris à l'heure de la pause déjeuner, user ses talons dans le métro, flinguer son brushing sous la pluie, gober un sandwich avarié avant d'aller lâcher 40 euros pour 25 minutes de complaintes hebdomadaires, parfois on se demande: "pourquoi?"
Ce qui serait vraiment génial, ce serait que Rozenberg aille sur le blog et poste des commentaires. Oui voilà une idée qu'elle est bonne. Je vais lui soumettre un jour. Après tout, je suis sûre que ses autres analysés lui lâchent assez de ronds pour qu'il me suive gratuitement? Toujours est-il que je ne sais pas quel sera l'avenir du blog. Une fois que j'aurais abordé tous les sujets classiques d'une thérapie, je n'aurais probablement plus rien à dire. A moins que Rozenberg ait raison et que c'est quand on pense ne plus rien avoir à dire que cela devient intéressant.
Quand j'étais en analyse je m'accrochais à cette idée mais la troisième année j'avais vraiment l'impression de me faire suer et lui avec. Sauf que lui il était payé à s'emmerder, moi ca me coutait cher. Et plus je me faisais chier, plus j'avais l'impression de payer cher. Alors que les premiers temps je lui aurais bien laissé le double tellement c'était important. C'était rentable, un bon rapport qualité-prix.
Un jour il m'avait demandé "que représente pour vous, l'argent que vous laissez ici?" J'ai fait mine de ne pas vraiment comprendre. Il a ajouté "par exemple, si c'était un animal?". Hum. J'ai pas trouvé ça très pertinent et j'ai senti qu'il était un peu gêné que sa question paraisse cul-cul la praline, à moins qu'il n'ait eu peur que je me mette à répondre "un gros phoque bien gras parce qu'avec l'oseille que je t'ai laissée, ça en fait des kilos de morue". J'ai pas osé dire ça, mais j'ai quand même répondu. J'ai dit que c'était comme les "Notre Père" qu'on doit réciter après être passé au confessionnal (encore et toujours le gêne paternel judéo-chrétien). Oui, cet argent avait une grande valeur expiatoire. Il pardonnait les saloperies racontées sur mon entourage, soulageait ma conscience du poids de mes pensées les plus impures (non, là j'en rajoute, je suis très pure dans le fond, de l'eau de roche), et surtout cet argent me permettait de faire chier Rozenberg 30 minutes par semaine, juste pour le plaisir.
Rozenberg je l'ai déstabilisé deux fois seulement en trois ans.
La première fois c'était quand, hyper remontée, j'avais raconté que ma libido était en chute libre depuis que Laurent avait "accidentellement" fait disparaître ses sourcils. Le récit de cet épisode (qui fait maintenant partie de l'épopée des "12 travaux de Laurent") était assez épique. Croyant que sa tondeuse à nez ne fonctionnait pas, il l'avait testée sur ses sourcils bruns et fournis qu'il avait fini par raser de près, entièrement. Le résultat était à la fois choquant et gênant. Son visage était devenu incompréhensible. Tous les contemporains de cet évènement ont d'ailleurs enfin eu la réponse à la question qu'une partie de l'humanité se posait depuis longtemps: "à quoi servent les sourcils?" En y réfléchissant bien, Laurent n'en n'avait plus suffisamment pour paraître normal mais il lui en restait juste assez pour avoir vraiment l'air con. De loin, on lui donnait facilement 80 ans. De très près on poussait des cris d'horreur. Le plus dur était l'épreuve du réveil, alors que la nuit avait effacé ma mémoire, la réalité était violente lorsque mes paupières s'ouvraient sur l'être aimé. Je prenais brusquement conscience de ma triple-folie: celle d'être enceinte, celle d'être enceinte d'un homme possédant une tondeuse à nez (ce qui en soi était déjà un forfait), celle d'être enceinte d'un homme capable de l'utiliser pour son visage. J'ai crié tous les matins pendant trois semaines.
Ce récit m'a donné l'unique occasion d'entendre le rire de mon psy.
La deuxième fois c'était à la fin de la séance précédant mon congé maternité. J'étais dans le flou. Est-ce que c'était la fin de mon analyse? Est-ce qu'on pouvait se donner rendez-vous 4 mois plus tard? Il m'a dit que, si j'en avais l'envie, je pourrai l'appeler quelques fois pendant ce congé, avant ou après la naissance de l'enfant. Parler à Rozenberg en ne payant que la communication téléphonique? Ca sentait l'embrouille. J'ai pensé et je lui ai sorti cette phrase incroyablement stupide mais qui révélait que je ne voulais pas vraiment le quitter: "Comment vous procédez avec les femmes enceintes?" Il a eu le souffle coupé puis il a expiré une boule d'air avec un grand bruit. Les yeux comme des boules de billards il a bafouillé: "Que... Comment... Je... avec les femmes enceintes?" Quand j'y repense, ma question était complètement dingue dans sa formulation, totalement débridée, presque agressive sexuellement. Ca devait être les hormones parce que ce que j'avais en tête c'était bien sûr demander comment cela se passait généralement dans la pratique. Non, mais aussi, les adieux, même temporaires, c'est toujours un grand moment.
On s'est revu donc avec le psy, lorsque Diego avait quelques mois et que j'avais repris le travail. Je me rappelle qu'il avait réussi à me faire dire que j'étais fascinée par les orifices du petit. Il faut dire qu'un bébé au sein c'est surtout une petite bouche qui tète et un petit trou qui crotte. Mais il y avait aussi ses petits trous de nez bouchés par le rhume que je m'obsédais à vouloir déboucher et ses petits trous d'oreilles miniatures dans lesquels je mettais seulement des sons.
Putain qu'est-ce que je raconte?...
Mon pauvre petit blog. Tu veux combien?
C'est du travail! C'est même un travail au sens psychanalytique du terme. C'est toujours moins contraignant et moins coûteux qu'une vraie thérapie: quand il faut traverser Paris à l'heure de la pause déjeuner, user ses talons dans le métro, flinguer son brushing sous la pluie, gober un sandwich avarié avant d'aller lâcher 40 euros pour 25 minutes de complaintes hebdomadaires, parfois on se demande: "pourquoi?"
Ce qui serait vraiment génial, ce serait que Rozenberg aille sur le blog et poste des commentaires. Oui voilà une idée qu'elle est bonne. Je vais lui soumettre un jour. Après tout, je suis sûre que ses autres analysés lui lâchent assez de ronds pour qu'il me suive gratuitement? Toujours est-il que je ne sais pas quel sera l'avenir du blog. Une fois que j'aurais abordé tous les sujets classiques d'une thérapie, je n'aurais probablement plus rien à dire. A moins que Rozenberg ait raison et que c'est quand on pense ne plus rien avoir à dire que cela devient intéressant.
Quand j'étais en analyse je m'accrochais à cette idée mais la troisième année j'avais vraiment l'impression de me faire suer et lui avec. Sauf que lui il était payé à s'emmerder, moi ca me coutait cher. Et plus je me faisais chier, plus j'avais l'impression de payer cher. Alors que les premiers temps je lui aurais bien laissé le double tellement c'était important. C'était rentable, un bon rapport qualité-prix.
Un jour il m'avait demandé "que représente pour vous, l'argent que vous laissez ici?" J'ai fait mine de ne pas vraiment comprendre. Il a ajouté "par exemple, si c'était un animal?". Hum. J'ai pas trouvé ça très pertinent et j'ai senti qu'il était un peu gêné que sa question paraisse cul-cul la praline, à moins qu'il n'ait eu peur que je me mette à répondre "un gros phoque bien gras parce qu'avec l'oseille que je t'ai laissée, ça en fait des kilos de morue". J'ai pas osé dire ça, mais j'ai quand même répondu. J'ai dit que c'était comme les "Notre Père" qu'on doit réciter après être passé au confessionnal (encore et toujours le gêne paternel judéo-chrétien). Oui, cet argent avait une grande valeur expiatoire. Il pardonnait les saloperies racontées sur mon entourage, soulageait ma conscience du poids de mes pensées les plus impures (non, là j'en rajoute, je suis très pure dans le fond, de l'eau de roche), et surtout cet argent me permettait de faire chier Rozenberg 30 minutes par semaine, juste pour le plaisir.
Rozenberg je l'ai déstabilisé deux fois seulement en trois ans.
La première fois c'était quand, hyper remontée, j'avais raconté que ma libido était en chute libre depuis que Laurent avait "accidentellement" fait disparaître ses sourcils. Le récit de cet épisode (qui fait maintenant partie de l'épopée des "12 travaux de Laurent") était assez épique. Croyant que sa tondeuse à nez ne fonctionnait pas, il l'avait testée sur ses sourcils bruns et fournis qu'il avait fini par raser de près, entièrement. Le résultat était à la fois choquant et gênant. Son visage était devenu incompréhensible. Tous les contemporains de cet évènement ont d'ailleurs enfin eu la réponse à la question qu'une partie de l'humanité se posait depuis longtemps: "à quoi servent les sourcils?" En y réfléchissant bien, Laurent n'en n'avait plus suffisamment pour paraître normal mais il lui en restait juste assez pour avoir vraiment l'air con. De loin, on lui donnait facilement 80 ans. De très près on poussait des cris d'horreur. Le plus dur était l'épreuve du réveil, alors que la nuit avait effacé ma mémoire, la réalité était violente lorsque mes paupières s'ouvraient sur l'être aimé. Je prenais brusquement conscience de ma triple-folie: celle d'être enceinte, celle d'être enceinte d'un homme possédant une tondeuse à nez (ce qui en soi était déjà un forfait), celle d'être enceinte d'un homme capable de l'utiliser pour son visage. J'ai crié tous les matins pendant trois semaines.
Ce récit m'a donné l'unique occasion d'entendre le rire de mon psy.
La deuxième fois c'était à la fin de la séance précédant mon congé maternité. J'étais dans le flou. Est-ce que c'était la fin de mon analyse? Est-ce qu'on pouvait se donner rendez-vous 4 mois plus tard? Il m'a dit que, si j'en avais l'envie, je pourrai l'appeler quelques fois pendant ce congé, avant ou après la naissance de l'enfant. Parler à Rozenberg en ne payant que la communication téléphonique? Ca sentait l'embrouille. J'ai pensé et je lui ai sorti cette phrase incroyablement stupide mais qui révélait que je ne voulais pas vraiment le quitter: "Comment vous procédez avec les femmes enceintes?" Il a eu le souffle coupé puis il a expiré une boule d'air avec un grand bruit. Les yeux comme des boules de billards il a bafouillé: "Que... Comment... Je... avec les femmes enceintes?" Quand j'y repense, ma question était complètement dingue dans sa formulation, totalement débridée, presque agressive sexuellement. Ca devait être les hormones parce que ce que j'avais en tête c'était bien sûr demander comment cela se passait généralement dans la pratique. Non, mais aussi, les adieux, même temporaires, c'est toujours un grand moment.
On s'est revu donc avec le psy, lorsque Diego avait quelques mois et que j'avais repris le travail. Je me rappelle qu'il avait réussi à me faire dire que j'étais fascinée par les orifices du petit. Il faut dire qu'un bébé au sein c'est surtout une petite bouche qui tète et un petit trou qui crotte. Mais il y avait aussi ses petits trous de nez bouchés par le rhume que je m'obsédais à vouloir déboucher et ses petits trous d'oreilles miniatures dans lesquels je mettais seulement des sons.
Putain qu'est-ce que je raconte?...
Mon pauvre petit blog. Tu veux combien?
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