vendredi 2 mai 2008

Animal de mauvaise compagnie

Laurent et Lola sont revenus de leur voyage de 3 jours durant lequel ils ont visité ce que Lola appelait jusqu'alors le "camp pour gros dans lequel on allait [la] mettre parce que [sa] belle-mère ne [l']aime plus et qu'elle veut être tranquille avec son mari et son fils": un centre thérapeutique pour les enfants et les ados en surpoids dans lequel elle ira peut être plusieurs mois, pour prendre du recul. L'endroit a l'air fait pour elle, comme s'il l'attendait. Les activités, les enfants, les encadrants, le lieu, tout est prêt à l'accueillir, pour la faire bouger et créer peut-être le "déclic", donc tout le monde parle depuis dix ans et qui ne vient pas. Et cela, car personne, jusqu'à ce que je pète littéralement les plombs, ne l'avait arrêtée dans sa course auto-destructive, dans sa recherche de limites.

Lola est dans sa voiture de stock-car, le pied au plancher, elle casse tout et défonce sa propre carrosserie mais n'arrive pas à trouver la pédale de frein.
Rozenberg m'avait bien dit "une bonne fois pour toute" que je devais accepter de n'être ni sa mère ni son psy et que par conséquent je ne pouvais rien faire pour elle. Je refusais malgré moi de faire le constat de mon impuissance, d'autant que Lola partageait depuis quelques temps ma vie quotidienne. J'étais en colère. En colère contre elle et le mal qu'elle me faisait en collaboration avec ses grands-parents, en colère qu'elle n'arrive pas à s'arrêter, en colère que son père porte ses oeillères et cherche à préserver le vernis de la "famille recomposée" alors que la réalité était juste invivable. J'étais en colère de ne plus tenir les reines de ma vie, de bloquer mes émotions, de geler mes désirs, de ne plus parler de l'avenir sans commencer chaque phrase par "Si Lola..."

Récemment, j'ai du m'y résoudre: j'étais empêtrée, les pieds dans le béton et je me débattais, je m'épuisais pour rien. L'amour que j'avais pour elle, à force de se faire tabasser, s'était transformé en monstre, comme une grosse bête à qui on donne un coup de trique pour chaque caresse. Mon coeur était vidé. La seule présence de mon "(ex)-(belle)-fille" agressait mon instinct. Mon poil se hérissait et chaque mensonge, chaque provocation nourrissait le monstre.

Puisque je n'y pouvais rien, il fallait qu'on m'en libère, qu'on me sorte du stand infernal de la Foire du Trône (celui dans lequel il y a des peluches qu'on tire avec des ficelles dans un vacarme épouvantable et une odeur de pomme d'amour au graillon). Et je crois que Lola a continué d'alimenter le monstre pour qu'il casse les barreaux de sa cage. Les autres s'étaient accommodé (voire entretenaient) son mal-être mais elle connaissait mon exigence de vie, et elle a fait monter la sauce. En racontant que j'avais dit qu'elle méritait la mort de sa mère et que de toute façon elle en était responsable, elle a ouvert la geôle de la bête.
J'ai dit stop à tout, j'ai dit mon refus de vivre à la Foire du Trône, mon refus de passer tous les jours mon couple à la machine à laver (programme 90°C essorage et séchage maxi), mon refus de creuser mon coeur comme une dent cariée jusqu'à la racine, j'ai dit que les caisses étaient vides, que je ne ferrai plus la cuisine, qu'elle ne verrait plus mes amis, qu'on ne partirait plus en vacances et qu'elle allait quitter le toit sous lequel elle me piétinait.
Comme elle a raconté à quel point elle était mal-menée à ses grands-parents, ils ont tenté une leçon de tendresse (sous forme d'accusation de "maltraitance sur mineur"), la dernière qui leur sera accordé. La bête a mordu toutes les mains qui l'ont nourrie.

On en est là aujourd'hui. Le monstre évolue, se promène dans l'appartement, monte dans notre voiture, se glisse dans les draps. Mais les choses ont un peu changé, la vase a été secouée.
Dans dix jours, nous saurons si Lola ira dans le centre. A elle de savoir si elle veut se libérer et nous libérer. A elle d'emmener loin le Horla pour le noyer dans la piscine et revenir sans lui. En attendant, on lui apprend à ne pas trop hurler à table.

1 commentaires:

Doris a dit…

Entre le Slat de l'un et le Horla de l'autre, tu es bien entourée... Un jour tu nous diras avec quel animal de (mauvaise) compagnie, toi, tu vis?