Je ne sais pas si les tâches numéro 1 et 2 ont pris trop de place ou si j'ai remplacé la 3 par "Faire un break pour ne pas devenir dingue". En tout cas je t'ai laissé, sans crier garde. Je n'ai même pas pensé à toi. Je t'ai oublié. Je t'ai zappé complet. Excuse moi de te traiter ainsi mais je te sais fidèle comme la moumoute de PPDA. Je savais qu'on se retrouverait vite.
J'ai tout de même été prolifique ces 15 derniers jours et je vais te dire comment.
Tu te rappelles que la grande épreuve du mariage de mon beauf - qui devait être l'occasion de revoir mes beaux-parents préférés - était top-anxiogène?
J'ai été parfaitement imbuvable durant les 10 jours qui l'ont précédée. La veille, pour me préparer mentallement et sachant qu'aucune boisson alcoolisée ne serait servie pendant le mariage, j'ai même avancé l'apéro du vendredi au jeudi.
Avec Laurent, nous avons continué à boire un vin blanc de table très violent pour le crâne jusqu'à une heure avancée de la nuit. La cérémonie commençant à 9h00 en banlieue, le lever était prévu à 7h00. Encore plus tôt que pour aller au PIFARC. Je ne me rappelle pas en détails de la fin de soirée mais je me rappelle de notre état le lendemain. Je me rappelle aussi que j'avais prévu de repasser la magnifique combinaison en soie que m'avait prêtée ma sœur mais qu'avec la gueule de bois je n'ai réussi à supprimer que les plis de plus d'un centimètre de large. Instinctivement j'avais plus peur de brûler le vêtement à 200 euros que d'être un peu froissée au mariage hindou. Ma combinaison plissée était tout à fait accordée avec la peau de nos visages.
Le GPS est une formidable invention qui nous a permis, alors que nous étions encore saouls, de trouver l'entrepôt sans fenêtre et au plafond très bas servant de temple hindou.
Sur la porte était écrit भारतीय भाषाएँ ou quelque chose dans ce goût là. Et comme nous sommes des personnes fines et cultivées, nous en avons dédui que nous étions au bon endroit.
L'accueil était très chaleureux. En tant que femme, j'ai eu droit au petit point rouge et jaune sur le front. Sous la frange de la coupe Crazy Horse on ne le remarquait pas tellement.
Un homme charmant s'est approché en nous disant "Je suis le grand-oncle de la mariée". Laurent s'est empressé de répondre avec un sourire exagéré "Et moi je suis son frère!" Un des sourcils du type s'est levé. Laurent a continué sur sa lancée à dire bonjour à n'importe qui, parfois plusieurs fois. Le grand-oncle nous a gentiment indiqué la voie en prenant soin de nous prévenir "Vous pouvez vous installer à gauche près de la sono mais vous allez voir que la musique est vite soulante". On ne pouvait pas nous mettre plus à l'aise. Puis il a ajouté, souriant: "D'ailleurs Jacques et Dominique sont là bas, vous pouvez les rejoindre". J'avais envie de lui dire: "Je vais d'abord m'enfoncer la tête dans les baffles un bon quart d'heure si ça ne vous dérange pas"
La bise aux beaux-parents m'attendait donc. Laurent souriait sournoisement, ou juste bêtement je ne sais pas. Equipée de mon point sur le front, de ma combinaison froissée et de mes talons de night-clubbeuse, je m'avançais sur le tapis fushia couvert de fleurs, passant sous les arches de faux lière. La sono indienne à fond rendait ma marche plus solennelle ou plus absurde, en fait totalement surréaliste. En tout cas j'avais très mal au crâne.
Les informations visuelles mettant plus de temps qu'à l'accoutumée à atteindre le cortex (enfin la région du cerveau qui décortique les images), j'ai mis une bonne minute à réaliser que les deux blancs en sari n'étaient pas des colons anglais mais bien les parents de mon époux.
Jacques a été égal à lui-même, souriant, enjoué, le commercial parfait, hypocrite à souhait ou dans le déni total. J'étais très contente qu'il soit comme ça à ce moment-là, il m'a rendu la tâche facile. Avec le recul je pense qu'il était tellement angoissé à l'idée que son fils se marie selon la tradition hindouiste avec l'indienne de 19 ans qu'il a mise enceinte, que notre rupture avait ce jour-là un aspect rassurant. La petite guerre de cent ans avec une bonne franchouillarde valait mieux qu'un tsunami exotique d'incantations et de couronnes de fleurs.
Mes beaux-parents se complètent parfaitement car à l'opposé de son grand mari, ma petite belle-mère portait le sari comme une toge de tragédie grecque, d'ailleurs elle avait même le masque, celui du pathos, de l'inquiétude permanente, de la douleur du monde pesant sur ses frêles épaules. J'ai accéléré le mouvement car je la sais capable de sortir de grandes phrases assassines ou larmoyantes à des moments sensibles.
L'épreuve passée j'ai pu aller m'asseoir à côté de Laurent dont le visage un peu transpireux virait, comme les lampes à effet changeant, du blanc cassé au vert d'eau en passant par le rose pâle.
Les deux mariés étaient assis en tailleur sous un décor en carton pâte très coloré et plein de personnages mi-humain mi-animal. Au sol il y avait des fruits et des fleurs en pagaille. Il y avait même un gros ananas sur lequel on avait laissé l'étiquette "Ananas Victoria. Goûtez le fruit sucré de la Réunion!"
On nous distribuait à intervalles régulier des mixtures que l'on devait prendre de la main gauche. On m'a d'abord donné du riz jaune mélangé à des fleurs. Le temps que je réalise qu'il fallait jeter le tout sur les mariés, plus personne n'en avait en main. Je n'ai pas voulu me faire remarquer et j'ai tout envoyé au sol. Du coup j'étais prête à dégainer au tour suivant. Lorsqu'on m'a offert une poignée de gros sel, le coup à failli partir tout seul. J'ai réalisé qu'il s'agissait de friandises sucrées alors que je ne pouvais plus ouvrir mon poing.
Savoureuse recette que celle du bain de pied de mes beaux parents: montés dans de grandes assiettes, les mariés leurs frictionnent les arpions avec de l'huile, du lait et des fleurs. Ma belle-mère était si bouleversée que le feu a pris à son sari. Par chance, le prêtre (torse nu et défoncé à l'opium) a su l'éteindre aussitôt.
Ah mes beaux-parents... Je les voyais, tous les deux, émouvants comme ils peuvent l'être lorsqu'ils sont totalement submergés, sans repère, déboussolés, paniqués, pas chez eux. Les pieds dans le plat, ils priaient leurs propres dieux: ceux des Ardennes et de St-Jean-Pied-de-Porc; ils imploraient le saint patron des antiquaires et celui des férailleurs, invoquaient l'esprit des lecteurs du Figaro Magazine et de Télé Star.
J'avais envie de crier "Serre les fesses et pense à la France". Ils ont tenu le coup.
Putain qu'est-ce qu'ils sont forts. Mais ils font ça par amour, ils sont dopés, ils trichent!
La grand-mère maternelle de Laurent se fout d'être politiquement correcte. Elle est venue s'asseoir à côté de moi entre deux animations mystérieuses:
-Je sais tout!
Faisant référence non pas à l'insaisissable cérémonie mais à l'embrouille familiale.
- Je sais que c'est très dur pour Laurent et aussi pour vous. C'est un peu spécial quand même ce mariage. Ce qui manque surtout c'est un petit verre de rouge non?
J'ai passé les deux heures suivantes à éviter ma belle-mère qui me lançait des regards ambigus, comme celui des chiens à la SPA qui ne savent pas s'ils veulent réclamer une caresse ou s'ils ont envie de mordre. Moi, j'étais aussi fuyante qu'une blatte.
A la fin du repas, ma fraîche belle-soeur nous a dit qu'en fin de compte, ce type de mariage ne se faisait plus du tout en France mais qu'elle était un peu vieux jeu. Je me suis dit qu'on avait bien de la chance d'être tombés sur elle: pour un peu je passais à côté du bain de pieds beau-parental.
Ca y est je suis revenue. Ne fais pas la gueule, avec Rozenberg aussi on faisait des pauses. On en garde pour demain?
3 commentaires:
Enfiiiiiin !
Jasagana tu nous as trop manqué !!!!
Oui, on en garde pour demain mais laisse pas passer 15 jours...
Euh... le vin blanc violent qui laisse des maux de crâne fulgurants, c'était du Saint-Pourçain?... oui?... alors je comprends maintenant l'avant-mariage, le mariage, l'après-mariage et tout... (Ah Heureusement qu'il y a ton blog... sinon beaucoup de choses nous échapperait...)
Merci pour vos commentaires.
Non, le St Pourçain n'est pas du vin de table. Le blanc est même assez bon. Il s'agissait là d'une bouteille sur laquelle était écrit Bordeaux supérieur, sans plus de détail.
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