Pendant mes congés, nous sommes allés - Diego, sa tante et moi - à la "maison de la mer". Plus précisément nous avons passés 2 nuits et un jour dans l’appartement que m’avait gentiment prêté une amie de ma mère.Deux soirées et une journée ça paraît peu. Mais partir en vacances avec Diego est un projet complètement fou qui doit être étudié longtemps à l’avance. Pour rappel, l’enfant a été diagnostiqué par plusieurs spécialistes (puéricultrice, voisins de palier, commerçants…) comme « différent ».
J’ai juré un jour de me gifler avec force, chaque fois que l’idée de partir seule avec lui plus de 5 heures me traverserait l’esprit. C’est pourquoi la présence de ma sœur était non seulement désirée mais surtout absolument indispensable.
J’avais listé à l'avance tous les pièges pour ne pas être prise au dépourvu: "dans la voiture, il voudra écouter certains morceaux en boucle mais uniquement le début, il vomira (un peu ou beaucoup), à la station service il ne voudra pas changer sa couche nauséabonde dans l’espace bébé qui l’angoisse, pendant les courses il ne voudra pas rester dans le caddie ; sur la plage il voudra se baigner entièrement dans les vagues alors qu’il fait 16 C° dans l’air et 10 dans l’eau. Toutes ces actions seront accompagnées de la danse des mains et d’un discours incohérent et incompréhensible".
J'avais visé assez juste. Presque tout est arrivé et il y a même eu quelques surprises.
En tout cas il m'est possible de reproduire toutes les phrases qu'il a dites sur deux jours (sachant que chacune a été prononcée environ 45 fois):
« Écouter le disque de Berlioz, la chanson numéro 9 » « encore le début ». « Fermer ça, la porte de Tata », « écouter la Funk bleue », « écouter Elvis », « encore le début » « c’était bien Super U», « c’était bien la plage », « c’était bien le feu dentifrice », « c’était bien ramasser des pétales de fleur pour Tata », « rentrer à la maison de la mer », « encore Berlioz », « écouter Stravinski », « dessiner un Tricératops », « écouter Aimer un enfant de Françoise Dolto », « Petit Ours brun a de la fièvre – Maintenant ca suffit petit ours, tu peux aller dans ta chambre – Toc toc qui est là ? C’est le grand oiseau – Trotro est amoureux – Retrouve le diable de Tasmanie tous les jours à 20h15 sur Boomerang – Sur www.tiji.fr il y a aussi des coloriages à imprimer », « c’était bien la piscine », « Tata a du travail ».
Deux conditions avaient été formulées avant le départ. La première par l’amie de ma mère qui m’avait dit « Profitez-bien ! Juste si tu peux y penser, essaye de protéger le canapé beige qui est tout neuf avec une couverture » ça paraissait tout simple et pas du tout contraignant. Le deuxième défi avait l'air plus dur à relever, ma sœur m’avait dit « Tu ne crieras pas après Diego pendant les deux jours ».
Finalement, la consigne formulée par l’amie de ma mère a cristallisé toutes nos angoisses. Nous avons retenu notre souffle jusqu’au bout, les yeux rivés sur l’affreuse couette qui recouvrait le canapé. Nous l'ajustions en permanence comme des chaperonnes choquées par l'impudique banquette qui nous dévoilait sa chair couleur crème à intervalles réguliers.
La prochaine fois, je demanderai à l'amie en question de me faire une petite liste d'exigences (quitte à en inventer) pour me désangoisser un peu car ce n'est jamais bon de ne donner qu'une seule règle: elle en devient obsédante, comme si tout pouvait basculer. Surtout, elle peut déclencher des pulsions. Alors que Diego se désintéressait plutôt du sofa nous avions le sentiment qu'il nous narguait et nous avions très peur de l'acte manqué.
Je me suis tellement appliquée à respecter la consigne 1 que j’ai méprisé le défi 2. J’ai bien sûr crié à plusieurs reprises sur mon fils mais beaucoup moins qu’à la maison. Il faut dire qu'il était particulièrement gai et donc assez peu coquin, sauf à se mettre les doigts dans le nez puis dans la bouche (à manger ses crottes en gros) ce qui me rend hystérique. Mais le reste du temps il a été, comme à son habitude à la fois concentré et lunaire, entreprenant et prudent, obsédé et parfaitement détaché.
En observant Diego, je me souviens que les enfants sont très sensibles à la sensualité d'une ambiance et qu'ils peuvent même avoir une libido assez développée et l'exprimer de façon surprenante. Nous avons été surprises par une terrible tempête alors que nous avions enfin réussi à atteindre la plage. Contraintes de nous retrancher dans le seul rade qui a les pieds dans le sable nous nous sommes retrouvées à boire un verre de blanc sec enfermées avec un couple de retraités, un couple avec une enfant et les patrons de l'établissement faisant des commentaires sur le temps avec des locaux. Dehors l'orage grondait. Diego était absolument passionné par un vivarium cradingue dans lequel se débattaient les quelques homards qui étaient encore en vie. Une fillette magnifique d'au moins 6 ans l'a rejoint, elle aussi très attirée par les bestioles aux pattes attachées, mais silencieuse. Ils se regardaient l'un l'autre comme s'il partageaient un secret, en tout cas ils se sentaient un peu voyeurs. Soudain, le cuistot au nez rouge et au tablier plein d'huile a surgit des portes battantes donnant à la cuisine, armé d'une énorme cuillère à trou. Il a plongé l'ustensile dans le vivarium devant les yeux écarquillés des enfants. J'ai commenté qu'il allait choisir un homard pour le faire passer à la casserole. Tous les homards se sont agité, sauf les crevés (que le cuistot aurait certainement choisi s'il n'y avait pas eu de témoin). Le cuisinier est reparti avec le fruit de sa pêche. Diego a alors saisi la petite fille par la taille et avec un sourire lubrique et sans un mot il a mimé qu'il la secouait de haut en bas, 3 fois. J'étais un peu gênée, je lui ai dit que c'était bien de demander à un autre enfant comment il s'appelait avant... de le secouer. Mais la petite fille était toute troublée avec un petit sourire! Il est fort mon fils, il sait comment pécho les minettes, faut les mettre dans l'ambiance et les attraper par surprise. Ce serait trop bien si nous, les adultes on pouvait être aussi naturels et si on savait se contenter d'un contact, même aussi ténu et aussi énigmatique.
On a croisé de nouveau la petite fille le lendemain mais Diego ne l'a même pas regardée, il l'avait déjà oubliée et puis elle mangeait des moules avec sa mère, c'était beaucoup moins intéressant.
1 commentaires:
Ah oui... trop marrant le Diego...et ses vacances lui ont profité : il est devenu "normal"...
Redis-moi?... Tu proposes que je parte 4 jours avec vous en juillet?... Euh je sais pas... je vais réfléchir...
(Enfin les vacances avec les gosses c'est toujours, à peu près, comme ça, sache-le une bonne fois...)
Enregistrer un commentaire