dimanche 1 juin 2008

Perdue

Il y a tout de même deux choses qui changent quand je suis enceinte. La première c'est que je suis hypersensible et ne supporte aucune contradiction ou contrariété. La seconde, c'est que pour un litre d'eau ingéré, j'en pisse deux.

Dans ma quête de confort absolu, je me suis mis en tête, dès que j'ai su pour la grossesse, de changer ma garde-robe. Lorsque j'étais enceinte de Diego j'étais habillée comme un sac. Quand on vomit tous ses repas, qu'on n'a plus de droit de boire de vin, qu'on est mal coiffée et habillée en XXL mou, on a pas le moral.

Donc, dès jeudi soir j'ai voulu aller m'acheter des soutifs. J'étais toute contente de ma décision d'en profiter, quitte à être enceinte. La note était de 115 euros (pour deux achats). Mais j'ai sorti gaiment ma CB. J'étais enjouée. Il y a rien de pire qu'un soutif qui n'est pas à la bonne taille et avec ces deux-là j'allais me sentir bien. C'était en tout cas ce que je pensais en faisant mon code.
-"Ah, Madame, la carte ne passe pas". Cool. Ca commençait bien. J'ai du appeler Laurent à la rescousse et dire cette affreuse phrase
-"Bon, mon mari passera les chercher".
En tout cas on revit quand on est bien maintenue des nichons.

Hier, c'était pas mal non plus. J'ai fait une descente chez H&M Mama. Diego était dans le caddie et répétait "pas ça les petites courses". Quand son père nous a rejoins il l'a laissé sortir, il s'est mis à courir partout. J'ai trouvé de quoi m'habiller. Le rayon bébé est juste à côté du rayon maternité. C'est très bien pensé. Quand tu as déjà tout pour toi, tu te diriges hyper naturellement vers les articles naissance. Diego s'est arreté à côté de moi, devant un babygro taille 3 mois. Je me disais que je l'accrocherais quelque part, discretos et que ça me donnerai du courage. "On achète un truc pour le futur bébé, Diego?" "Non!". Je prends quand même le petit vêtement, je l'emmerde Diego. Je tombe sur mon mari: "C'est pour qui ça?" "Bah... C'est mignon non?". Gueulant comme un vulgaire poissonnier (qu'il est): "T'es en plein délire! Tu vas pas acheter ça maintenant on a largement le temps". Les deux ou trois mamans accompagnées de nombreux marmots m'ont jeté un regard condescendant. Je me sentais humiliée et parfaitement honteuse. J'ai remis le babygro. J'avais envie de vomir, ou de pleurer.
Quand tu es enceinte, tes réactions te paraissent tout à fait naturelles, pour les autres, elles sont juste incompréhensibles. C'est pour cela que, quoi qu'il arrive, tu te sens toujours hyper seule quelque part.

Chez Carrefour, ce qui est bien, c'est que tu croises des familles pires que la tienne. Avec plein de gosses qui hurlent, des mamans blasées et fatiguées, des papas frustrés avec des cernes. Tu relativises un peu.
On a rempli le caddie et de temps en temps, on laissait Diego sortir, mais là c'était la folie. Il mettait tout et n'importe quoi dans le caddie des gens, s'accrochait à leur chariot, partait en courant dans tous les sens en poussant des cris de joie.
A l'étage il y avait de petits jouets et ce que Diego préfère dans les magasins c'est prendre des jouets et les cacher dans les rayons. Quant à Laurent, sa spécialité est de se barrer quand on arrive à la caisse pour aller chercher LE truc qui manque. Du coup je me suis retrouvée à devoir remplir le tapis roulant de la caisse toute seule, tout en surveillant Diego dans le rayon derrière moi. Sauf que lorsque je me suis retournée pour la 3ème fois, il avait disparu. J'ai commencé à le chercher tranquillement au rayon des jouets, devant les grandes télés, etc. Pendant ce temps Laurent flânait. Toute personne normalement constituée qui laisse sa femme et son enfant avec un caddie à vider, se dépêche d'aller chercher ce qui manque, lui non, lui il a toujours le temps. Diego était introuvable et je commençais à chercher n'importe où et à imaginer n'importe quoi. La caissière a voulu voler à mon secours: "Comment s'appelle-t-il? On va faire un appel, allez l'attendre à l'accueil". J'avais envie de lui dire: "Mon fils est très différent: même quand sa propre mère l'appelle dans un salon de 20m2 il ne réagit pas". Appeler Diego au micro dans un Carrefour sur deux étages c'était comme envoyer un signal de fumée à un pigeon voyageur ne sachant déchiffrer que les hyéroglyphes. C'est là qu'on prend conscience qu'avoir un enfant normal est tout de même assez pratique. Dans ma tête tout allait très vite. Comment était-il habillé? Et s'il paniquait et commençait à m'appeler et à pleurer? Je voulais rester sur place pour qu'il me retrouve mais en même temps je ne pouvais pas rester statique. Laurent le recherchait activement. Moi je cherchais de façon anarchique en suivant un itinéraire répétitif et idiot. J'étais aussi bête qu'une biche sans son faon. L'affaire a dû durer 15 minutes qui m'ont paru une éternité. Laurent est revenu à la caisse avec Diego dans les bras. Il avait un sourire stupide et un grand morceaux de scotch collé au bras, de la sueur dans les cheveux, signes qu'il s'était bien amusé. A vrai dire, quand je l'ai vu je n'y croyais pas, je continuais à le chercher dans ma tête. J'ai continuer à mettre les achats sur le tapis mais je pleurais comme une madeleine. Laurent a pris le relais et nous a envoyé à l'extérieur, Diego et moi. Je lui en voulais beaucoup "Pourquoi tu m'as fait ça? Je t'ai cherché partout! Je t'ai appelé! Ne refais plus jamais ça". Il s'est mis à pleurer par "sodilarité" (c'est comme ça qu'il chante "So-so-so, sodilarité, avec les sans papiers"). Après il répétait en boucle "Je t'ai cherché partout". Mais je crois qu'il n'a rien compris à ce qui s'est passé. Il flânait juste comme son père. Ce n'était pas lui qui était perdu, c'était moi, la preuve j'arrêtais pas de chialer.
Laurent m'a dit qu'il l'avait retrouvé devant les escalators: un groupe de personnes s'était formé au bout du tapis roulant qui monte, quelque chose les gênait pour en sortir. Diego jouait à lancer sur le tapis un tube de papier cadeau qui, lui, revenait irrémédiablement.

Assis dans son siège auto il m'a dit "Maman, c'était bien les petites courses. Je suis beaucoup fatigué, je vais bien dormir".

3 commentaires:

Doris a dit…

Oh la la... j'espère que c'est "de la littérature"... au début j'ai rigolé pour les sous-tifs et le babygro 3 mois... après, moins, beaucoup moins...

ro-g- a dit…

Bravo...que de vérités et une tranche de vie réelle sont dits dans ces mots .

Jasagana a dit…

Merci ro-g.

Doris, si j'étais une meilleure mère, tu serais une moins bonne grand-mère car tout est relatif.

bises à tous