lundi 23 juin 2008

Ainsi font font font...

Laurent a emmené Lola pour son entrée dans le centre thérapeutique prévue demain. J'ai fait le vœu pieux qu'il évite les actes manqués (perte de documents, perte de bagage, train loupé) et qu'il ne joue pas son "Ouin-Ouin" au moment de la confier aux encadrants.

Il faut dire qu'il a un sérieux problème avec les départs et avec les retrouvailles: héritage de sa mère si j'en crois ce que j'ai vu et ce que m'en dit mon beau-frère qui, étant jeune, lui interdisait de l'accompagner où que ce soit afin d'éviter de pathétiques séances d'adieux.
L'inconscient de ma belle-mère est un molosse qu'elle a beaucoup de mal à tenir en laisse. D'ailleurs comme il tire fort, qu'il est très costaud et qu'elle a de frêles épaules, elle le laisse souvent se balader en liberté et il n'est pas rare qu'il attaque par surprise. Mais ce n'est jamais de la faute de ma belle-mère, c'est celle du chien! La retenue est une qualité absente de son répertoire et l'intimité une notion qui lui est parfaitement étrangère. Du coup, dans son mode de communication verbal ou non-verbal, les mots "bonjour" et "au revoir" sont plombés au max et deviennent "Ah quand même!.." et "A jamais". Elle s'arrange toujours pour faire comprendre que c'est potentiellement la dernière fois qu'on la verra car la Mort rôde toujours. D'ailleurs c'est prouvé! Il y a des gens qui sont morts. Ces personnes ont dit "au revoir" et on ne les a jamais revu. Ca arrive même très souvent. Dire au revoir nuit à la santé. Il vaut mieux restés groupés. Si possible autour d'elle.

Mon mari est fidèle à la tradition et n'est pas avare de "Au revoir mon fils, Papa s'en va", "Je dois partir maintenant" "Tu ne m'as pas dit au revoir ce matin?" et autres sentences qui trahissent la fausse légerté de son être et le poids de l'inconscient familial qui est comme le cheval mort de Johnny dans Que je t'aime... lourd!
C'est vrai qu'il a passé une grande partie de son enfance en pension. De 7 à 13 ans je crois. C'était d'abord sur les ordres de son père. Sa mère n'y a pas opposé de résistance malgré qu'elle en fasse encore aujourd'hui des jérémiades: "Moi je ne voulais pas mais c'était Jacques qui l'avait décidé". Pour rappel, elle est l'éternelle victime de son mari (et du reste): jamais conscentente, mais toujours complice.
La correspondance de l'époque entre le petit et sa maman est éloquente. Laurent lui écrivait des poèmes funestes, elle répondait de sa complainte rodée. Lorsque, quitte à être séparé, il a voulu intégrer une chorale réputée, la réponse a été fermement négative. Tout esprit d'initiative personnelle est fortement réprimandé. Il avait été décidé qu'il rentrerait à la maison et voilà qu'il avait d'autre ambition que de remplir le coeur de sa mère après tant d'absence. Les enfants sont si ingrats! Heureusement que mon mari (enfant) était déjà têtu. Il a vécu son expérience jusqu'au bout et avec succès. Ses parents sont aujourd'hui particulièrement bavards sur le thème de la chorale internationale, mais muets sur l'origine de cette expérience.
Si on leur doit la naissance, on leur doit tout. Mon mari leur doit donc ça, comme il leur doit l'éducation de sa fille, les réductions d'impôts et l'aménagement de l'appartement. Et quand on est pas nés d'eux, on cherche à en profiter. A l'issue d'une dispute entre nous, mes beaux-parents avaient dit à Lola "Ce que veut ta belle-mère c'est que l'on crève pour avoir notre argent".

C'est marrant la vie.

Demain Lola aura la chance de s'éloigner de ce système. Je ne sais pas si elle aura les ressources pour s'en extraire et revenir renforcée. Si elle a droit à des adieux larmoyants ce sera sans doute plus difficile. Ça l'est déjà. Être née pour panser les plaies d'êtres faibles et sans courage.Tant d'années à danser sur leur musique en étant un objet de convoitise, de chantage, de désir fou, de pression, de substitution. Chaque minute être l'autel des sacrifices, le cahier de doléances; recueillir les désirs inassouvis, les besoins inavoués, éponger les sanglots infinis. Tout ce temps à être interdite de désir: une jarre qu'on remplit d'amour dégoulinant, d'affectivité déplacée, de bouffe, de cadeaux et d'argent, jusqu'à l'écœurement, jusqu'à la folie. Ne plus savoir quoi demander, devenir un gouffre.

Parmi les 3 raisons figurant dans sa lettre de motivation pour entrer au centre Lola a précisé "pour prendre l'air".
Qu'elle soit enfin exhaucée.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Jasagana

Une question ....Laurent chante t il toujours dans la chorale par plaisir ou pour fuir le foyer ???

ro-g- a dit…

Bonsoir Jasagana

Toujours aussi pertinente ,pour decrire ta petite famille !

Jasagana a dit…

Laurent ne chante plus dans la chorale depuis qu'il a mué! Mais il a fait des tournées dans le monde entier jusqu'à ses 13 ans et a chanté avec de grandes stars françaises. Bon, il n'était pas soliste.
Je ne donne pas de noms mais je suis sûre que vous voyez de quelle chorale il s'agit.
Merci Ro-g