Alors ça y est, ma première "nièce" est née. Je suis déçue que ça ne me fasse pas grand chose. Il y a plusieurs raisons à cela: sa mère n'est pas ma soeur est elle est... sa mère. J'aurais aimé être plus enjouée et partager davantage la joie du papa mais quand on bloque sur la mère ce n'est pas possible. Enfin, j'ai bien discuté avec Alex. J'ai peur qu'il se sente un peu seul et que la chose soit dure passée l'euphorie mais ainsi soit-il. En tout cas ce bébé participe au remplissage du coeur de ma belle-mère et occupe bien ses pensées. Et comme la mère est jeune et pas très branchée taches ménagères, elle offre à ma belle-mère un rôle sur mesure. Cela ne l'a pas empêchée d'appeler ma propre mère pour avoir des détails sur la rentrée de Diego en maternelle. Pour les grands évènements, mes beaux-parents n'ayant plus l'autorisation de me contacter, ils passent par ma mère. Ce serait tellement cliché de passer par leur fils. Et puis c'est aussi un moyen de me rappeler que je ne m'occupe pas à 100% de mon enfant. Puisqu'il est gardé par ma mère en journée, pour avoir de ses nouvelles, autant s'adresser à Dieu plutôt qu'à ses saints. Enfin, rien de bien méchant et si c'est le prix à payer pour ne plus jamais les avoir en ligne, je n'hésite pas. Surtout qu'au final c'est ma mère qui paye (20 mn au téléphone). Qui n'a jamais rêvé de déléguer les conversations téléphoniques avec sa belle-mère? Quel luxe.J'étais très angoissée la veille de la rentrée de Diego. Nous avions bien répété pendant deux semaines et sur les conseils de sa pédo-psy j'avais dessiné un programme horaire destiné à le rassurer un peu. Pour résumer (caricaturer) l'idée de la pédo-psy: Nos enfants, en l'occurrence Diego, ont besoin d'avoir le sentiment de maîtriser les choses. Mais Laurent et moi, on vit dans le bordel, c'est la bohème avec les courses, les horaires, etc. Donc angoisse chez les gosses: "Roseanne" encore plus boulimique et "Raymond" encore plus taré des chiffres. Les chiffres le rassurent, il peut avoir confiance en eux, ils ne trompent pas. Apparemment, son père et moi ne sommes pas assez fiables, alors que sur l'affiche collée dans sa chambre il y a toujours 1 éléphant, 2 étoiles de mer, 10 abeilles, 12 escargots... Depuis quelques temps le petit a entrepris de procéder à un comptage de tout ce qui peut être compté (en trois langues). Il compte d'ailleurs incroyablement bien pour son âge. Mais en s'entraînant 28 heures sur 24 ce n'est pas très étonnant. Ensuite il y a l'énumération, la classification et aussi le "code couleur", le défilement du temps qui passe, les numérotations en tout genre (rang des chansons des CD, numéro des disques dans la série, numéro des livres dans une collection et numérotation en bas de page, quantité de liquide dans une bouteille, timer sur le four, pointure des chaussures, prix des tomates, pèse-personne, téléphones, rouleaux de PQ en promo...) Quand on est normal, comme moi, on ne se rend pas compte à quel point les chiffres nous entourent. Quand on est anormal, comme Diego, on est en connexion complète avec eux, on peut leur parler. Je veux bien essayer de l'aider à sortir de son obsession comme dit la pédo-psy mais il y a des chiffres partout! Maintenant chaque fois que je mentionne un chiffre j'ai l'impression de le rendre encore plus fou.
Le bus c'est l'enfer. Pour Diego c'est, LE fantasme absolu: monter dans un numéro et une couleur. "Etre dans le 218 avec Maman", l'orgasme. Ca me coute moins cher que Disney mais j'ai toujours droit à une scène lorsqu'il faut descendre.
J'ai du sévèrement bataillé hier matin pour éviter la crise juste avant l'école.
Nous sommes arrivés devant les portes avec 20 minutes d'avance (mon nouveau programme hyper stricte me stresse un peu). J'ai expliqué à Diego que d'après les listes il était dans la classe n°10 et qu'il y avait 28 élèves. Et je me suis dit "Merde, pas les chiffres, ne pas parler des chiffres!" Il voulait que les portes s'ouvrent. Les enfants et leurs parents sont arrivés progressivement. Le taux de bourgeois dans l'air a vite avoisiné les 99%. Heureusement qu'un papa rasta avait rangé ses 8 kilos de locks dans un turban qui s'élevait à 30 cm de son crâne. Tous les autres étaient des sosies du jeune maire: pull marine, col de chemise blanc, lunettes à monture légère de chez Afflelou. Les enfants n'étaient pas en Jacadi mais c'était limite. N'ayant pas, moi-même, participé à la mixité sociale des écoles de ma commune, je ne peux pas critiquer. C'est juste qu'à mon époque il y avait plus de petits portugais, de magrébins ou d'africains. Là, les Mathilde, Solange, Anaïs, Antoine, Alexandre et Mathys arrivant par lots, ça m'angoissait un peu. Je n'osais même pas mâcher du chewing-gum. J'aurais bien compté quelque chose, comme mon fils, pour me détendre. Lui, pour patienter, il avait entrepris une danse étrange, comme une transe, basée sur un comptage aléatoire et des sons d'animaux à laquelle il me demandait de participer. De temps à autre il allait toucher l'attaché-case d'un papa, les cuisses d'une maman, les sacs des enfants en poussant des petits cris et en disant "10 comme 10 abeilles, 28 enfants... Les portes ouvrent à deux ans et demi". Tous les autres enfants étaient petits et parlaient parfaitement. Le mien avait l'air super balèze mais barragouinait et se parlait seul, revenant régulièrement vers moi pour me pincer un grain de beauté avec un sourire pervers (sa façon de dire qu'il m'aime et qu'il est excité en même temps). Ce n'était pas un moment agréable. Les portes se sont enfin ouvertes et tous les parents se sont rués dans la classe, notamment sur la maîtresse pour présenter leur adorable bambin et tout savoir sur tout. Diego a tout de suite joué avec les petites voitures. Un petit garçon s'est approché et lui a demandé "On fait une course?" Diego lui a arraché sa petite voiture des mains. Je suppose que la course était finie. Je suis intervenue sur le regard inquiet du garçon mais en m'adressant à mon fils j'avais l'impression d'être Sigourney Weaver dans Gorilles dans la brume. Il m'a à peine preté attention.
C'était affreux tout ce monde. Ces 27 gosses et leurs deux parents. 81 personnes + la maîtresse + Diego et moi. Ca ne m'a pas détendue de les compter.
Peut-être que les mini chaises, les petits crayons, la dinette ça rendait les gens régressifs mais je trouvais le mélange insupportable. Tout le monde sur la maîtresse tenant le cahier de son enfant, faisant la queue pour lui expliquer je ne sais quoi d'inintéressant.
J'ai entrepris d'amener Diego dans la petite salle avec les WC. Nous avons enfin été seuls 3 minutes le temps de faire pipi. Il était content et me souriait beaucoup. J'ai pris mon souffle avant de retourner dans la partouze. J'étais déprimée. Diego arrivait à se faufiler pour jouer un peu à tout, son badge de congressiste à l'envers et donc ilisible (les enfants avaient tous leur nom sur la poitrine). Des parents ont commencé à partir et là c'était pire. Certains gamins se sont roulés par terre en hurlant, donnant l'exemple à ceux qui avaient seulement versé une petit larme. Les dames de services tenaient par la taille ceux qui voulaient s'enfuir ou se jeter hors de la salle comme des kamikazes.
Diego ne semblait pas trop preter attention aux cris des enfants humains mais il a fini par m'interroger avec une longue phrase très explicite comme il sait les faire: "Maman?"
"-Oui. Moi aussi je vais y aller mais je reviens dans une heure et demie. Ca va passer très vite. Aujourd'hui comme c'est le premier jour tu n'iras pas à la cantine, alors à tout à l'heure?" Il a répondu le plus minuscule à-tout-à-l-heure que j'ai entendu de ma vie mais il a tourné les talons aussi sec et il est reparti jouer.
Dans la rue j'étais bouleversée et j'ai commencé à pleurer. Mais je me suis reprise. On pleure pas chez les gorilles.
Dans l'ascenseur, la voisine de ma mère m'a posé la question gentille/idiote que tout le monde pose le jour de la rentrée:
-Alors, il a pleuré?
-Non, mais peut-être qu'il fera comme moi...
-Pourquoi? Vous avez pleuré le deuxième jour?
-Non mais le deuxième jour quand mon père m'a dit qu'on se préparait pour l'école j'ai dit "Non, c'est bon Papa, j'y suis allée hier".

1 commentaires:
Si, on pleure aussi chez les gorilles... Surtout les mères... Mais bon, c'était une belle rentrée... Le petit gorille s'en est bien tiré... grâce à ce qu'il est et... une super bonne préparation...
Bravo à tous les deux!
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