mercredi 1 octobre 2008

Je retire ce que j'ai dit

Ou plutôt je le nuance. Les maîtresses ne sont pas des monstres. En fait ce sont les enfants, le problème. Les enfants en général, les miens en particulier.

J'en ai appris plus sur la "participation inversée" de Diego en classe ("la glace" comme il dit). On m'a bien fait comprendre que lorsqu'on lui disait "assis" il se mettait debout, qu'il partait en courant lorsqu'on l'appelait et qu'il considérait que l'école était un lieu sans restriction ni obligation, une immense aire de jeux sans doute, la "grande récrée" permanente, avec, comme il en a l'habitude un harem de femmes entièrement dévouées à son confort. Au même titre que les autres femelles participant à ses soins, les maîtresses doivent comprendre ses besoins sans qu'il ait à prononcer un seul mot. Ce dont il s'abstient d'ailleurs parfaitement depuis un mois. Compilé au fait étrange qu'il pleure à contre-courant (il veut bien aller à l'école mais ne veut pas en repartir), j'ai mieux compris la surprise, l'impuissance des encadrants et par effet cascade le risque que mon fils soit mis à l'écart. J'ai donc entrepris d'aider Diego a se remettre dans l'axe par une discussion approfondie et étalée sur plusieurs soirées. Au lieu d'une "discussion" il s'agissait plutôt d'un monolgue. A l'issue de la 3eme semaine de "glace", Laurent est allé seul à la réunion de parents. J'avais trop peur des maîtresses. A son retour il était tout fier d'annoncer que le charme de son fils (qu'il lui a directement transmis) avait opéré, que les maîtresses avaient été agréablement étonnées de son comportement, qu'il avait été "transformé" durant la dernière semaine. J'ai considéré pour ma part (mais à tord ou à raison) que j'y étais pour quelque chose et que m'on intervention avait été bienvenue. La maîtresse-directrice a même dit "nous avons réalisé que Diego avait besoin d'une relation privilégiée pour se lancer et nous avons décidé de la lui offrir. Il s'est passé quelque chose cette semaine, j'ai touché sa petite main et il y a eu un phénomène que je ne sais pas décrire, enfin c'était assez fort". On frise le délire. Malgré tout je suis rassurée que Diego ait su réagir, il frisait l'exclusion symbolique. Mais il ne parle toujours pas à ce jour. Du moins, il ne parle pas à l'école, encore moins à la pédopsy. Avec nous il parle au choix comme un bébé, comme un animal, un bègue ou un débile. Il n'y a guère qu'avec la femme de ménage portugaise qu'il a des discussions trilingues.

J'ai pu constaté que malgré ses progrès phénoménaux et le bond en avant qu'elle avait réalisé sur tous les plans, Lola avait gardé (dans une bien moindre mesure qu'autrefois) sa capacité à nuire, de préférence aux personnes de sexe féminin qui l'apprécient et qui sont chargées de son encadrement. j'ai également constaté qu'elle n'avait pas perdu son goût pour le Coca et les mensonges.
Lors de notre week-end proche du "Centre", Laurent et moi avons trouvé une Lola resplendissante et une éducatrice ravagée de colère, de tristesse et de déception. Ce doit être les vases communicants. Je suis bien contente d'avoir laissé ma place à cette pauvre femme qui après 6 mois d'attentions quotidiennes a été soupçonnée de vol par Lola devant tout un dortoir parce qu'elle cherchait justement à savoir qui avait "subtilisé" l'argent de Lola (qui l'a certainement claqué en douce sans rien dire à personne).
Lola est violente avec les femmes et méprise les hommes.
J'ai dit à l'éducatrice que je savais que ce qu'elle vivait mais que comparé à ce que j'avais enduré quotidiennement pendant deux ans, c'était du menu fretin. Mais elle a quand même dit "depuis 12 ans que je m'occupe d'ados en souffrance, je n'ai jamais vu ça". Ah ah. Quand je pense que depuis que je connais Lola c'est moi qui passe pour une malade, une hystérique, une extremiste, une maltraitante. Génial. Même les pros sont bouleversés. Cette rencontre m'a à la fois réconfortée et inquiétée. Ce n'est définitivement pas moi qui ai un problème ou qui suis incompétente, trop jeune, pas assez patiente etc... Mais un jour viendra où Lola rentrera à la maison. Enfin, l'espace de deux jours j'ai été une belle-mère adorée. Presque pour la première et peut-être pour la dernière fois. En tout cas j'en ai profité. Mais je ne me fais pas d'illusion pour la suite.

Autant toutes les femmes n'ont pas l'instinct maternel, autant aucun enfant ne vibre par empathie. La vie de leurs parents n'est rien. Leur investissement, leurs soucis, leur fatigue et surtout leurs désirs et leurs loisirs n'existent pas. Ils ont l'air de considérer que notre seul bonheur doit être le leur.

Quoi qu'il en soit, la génétique m'ote toute responsabilité: si Diego et Lola ne pensent qu'à eux, ça ne peut être QUE la faute de Laurent.

A propos du petit crabe. (C'est plutôt un bébé kangourou vu son goût prononcé pour la boxe).
C'est un garçon.
Ce qui signifie que si je n'ai pas de 3ème enfant (4ème selon) et que cet enfant n'est pas une fille, je passerai régulièrement des soirées famille avec 3 hommes (à terme). Ces trois hommes aimeront sûrement plus boire du vin que débarasser la table. Ma soeur m'a promi des nièces pour équilibrer les samedis soirs.
Le "bébé" a la même tête que Diego sur les photos d'échographie.
Je crois que Laurent se sent renforcé sur sa virilité parce qu'il va avoir deux fils (il ne me l'a pas dit mais je trouve que cela se sent).
Finalement je suis ravie moi aussi, quoi que définitivement en deuil de ma tranquillité.

3 commentaires:

Doris a dit…

Enfin tu aurais pu être "en deuil de ta tranquillité" avec une deuxième fille tout aussi bien... On ne sait pas... le petit crabe sera peut-être un ange - un petit kangourou-ange...

Nanterre-City a dit…

C'est marrant que tu l'appelles "petit crabe", moi j'aurai dit une petite crevette. Je me demande pourquoi on pense toujours à des noms de crustacés, la nostalgie du liquide, l'océan qui nous appelle ou le liquide amniotique va savoir!

Jasagana a dit…

en fait à la question débile "qu'est-ce qu'il y a dans le ventre de maman?" Diego avait répondu "un petit crabe". Mais je pense que la crevette c'est pour la forme et les yeux globuleux.