mardi 7 octobre 2008

La maman est la putain

Mon fils me fait tourner en bourrique et se venge de ma double trahison: l'école et la grossesse. Il fait des démonstrations de force sous forme d'avertissements que je suis tenue de bien observer: "je donne des coups de pieds au banc/ au mur/à la rue." Il dit aussi clairement qu'il "[veut] être méchant". Lorsqu'au contraire il cherche à se victimiser, il se met en larmes et invite son père à participer: "Viens Papa, on pleure tous les deux". Si je résiste bien et qu'il veut me "finir", il vomit.

Évidement je suis coupable de tous ses maux réels et imaginaires de la "crotte d'œil" qui ne veut pas partir au bus loupé en passant par le CD rayé et la soupe trop froide. Il est perpétuellement contrarié, très provocant et cherche à s'affirmer par tous les moyens. Je lui dis "nous allons tourner à droite". Il part à gauche. Je lui indique la droite. Il me dit "NON! C'est par là la droite!" Il me montre un dinosaure en me disant que c'est un diplodocus. Je lui suggère que c'est un stégosaure. Je me fais engueuler et traiter comme une débile. "Non! C'est-un-di-plo-do-cus!"
Dans son disque Mozart raconté aux enfants, il est question d'un "petit génie de 4 ans qui parcourt l'Europe avec son père et sa sœur". Cette phrase résonne en lui comme un fantasme absolu. Out maman et son gros bidon énervant. Il répète à voix basse, comme un projet secret: "Il part avec son père et sa soeur". Si seulement il n'avait pas sa mère à trainer, lui aussi serait certainement un enfant prodige. Mais je suis là qui le maintiens dans cet état de dépendance affective, entravant son génie. Je le couvre d'amour et en même temps je veux m'en débarasser à tout prix.
Tout est bon pour se venger et m'humilier: m'attirer vers le sol (un lieu rendu inaccessible par les 5 mois de grossesse), me demander de l'accompagner aux toilettes dès que je m'échoue sur un canapé ou sur un lit dans un souffle de soulagement, trahir ma confiance.
Hier soir dans l'ascenceur après une rude journée comprenant 3 heures de réunion et une coupure d'eau dans les WC annexes au bureau, je confie à mon fils que j'ai très envie d'aller aux toilettes et lui demande, quand j'y serai, de ne pas oublier d'oter chaussures et manteau. Je sais que l'appartement sera propre suite au passage de la femme de ménage et que "c'est le bon moment", je m'empresse donc de parcourir les quelques mètres qui nous séparent de l'entrée de l'appartement, ravie de cette agréable perspective. Malédiction, Maria est toujours là! (Une flèche empoisonnée me transperce. Je suis dans une tragédie. Peut-être du Racine ou du Shakespeare). Diego, tout excité en la voyant, oublie sa promesse vis-à-vis des chaussures et galope en doudoune dans l'appartement rutilent. Maria veut des bisous de l'enfant et m'adresse la parole (par pulsion suicidaire?) Je fais des mouvements machinaux mais je me sens persécutée. Je cherche une porte de sortie. Je suis un animal traqué prêt à tout pour se défendre. Je hurle littéralement sur Diego:"Ce n'est pas parce que Maria est là que ça change quelque chose à ce que je t'ai demandé!" Nous sommes tous les 3 interloqués par la violence de mon cri. Je pense être la seule à en connaître la raison profonde. Mon fils, étrangement docile, s'assoit au sol et commence à défaire les scratchs de ses baskets sous le regard de la femme de ménage. Je ne suis pas mécontente de mon petit effet, et tourne les talons avec la satisfaction de l'autorité rétablie. Mais Diego commente sans lever la tête: "Maman va faire un grrrroooos caca!" [sic.]

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