jeudi 6 novembre 2008

Papillon vole

Ça y est, mon corps s'est fait la malle. Mon associé est parti en vacances. Il m'a laissé un petit mot. "Je reviens dans quelques mois. Bon courage. T'es entre de bonnes mains!"
Il m'a déjà fait le coup. Ça veut dire qu'il laisse ses clés à mon corps-de-grossesse, l'intérimaire obèse. Celui qui est ingérable: lent, plein de capitons avec les os qui s'écartent et qui craquent. Un fainéant à qui on peut rien demander mais qui explose les carnets de Tickets Resto.

Je suis boulifiée. Je suis un ballon dirigeable (impossible à diriger). Je suis la maison des Barbapapa.
Mon ventre ressemble à un citron géant ou a un cyclope bouffi à l'œil exorbité (mon nombril ressort comme si mon cordon ombilical allait se mettre à repousser). A l'arrière, un postérieur géant lui répond, on croirait qu'ils font un concours ou qu'ils sont siamois, je ne sais pas. On ne sait plus qui commande, ça vire à babord, à tribord. Y'a t-il un capitaine à la barre?
Ma zone génitale est devenue totalement inaccessible. Comme avant mes 11 ans, on s'ignore complètement elle et moi, nous sommes devenues des étrangères. Quant aux seins, ils ont été sexy 3 mois et ressemblent à présent à des mammelles géantes qui donnent déjà du lait concentré. Faire l'amour est donc devenu un exercice complexe, inconfortable et particulièrement grotesque.
J'ai mis le champ en jachère. Comme le reste d'ailleurs, le blog, le boulot, la politesse, les soins capilaires. Je ne tire même plus la chasse d'eau. Je me lève 10 fois par nuit pour pisser à chaque fois 4 gouttes je ne voudrais pas qu'on m'accuse dans un mois d'avoir assècher le lac Léman. On est écolo ou pas.
Comme j'ai changé de forme rapidement, je maitrise mal les distances et je suis beaucoup plus près de tout que ce que j'imagine. Plus près de mon voisin dans le métro, plus près de la porte de l'ascenceur, plus près du tableau de bord de la voiture. Diego aussi a perdu ses repères et se cogne la tête dans mon ventre quand il se retourne pour me parler.
Le seul manteau qui m'aille encore est un imperméable gris souris qui me donne l'apparence d'un menhir. C'est dans cette tenue que m'a apperçue la voisine de ma mère, celle du 2ème. Dans un cri du coeur elle m'a lancé "Tu as beaucoup forci, non? Plus que pour Diego?" Dire que je ne suis qu'à 6 mois. La voisine du 4ème qui vient d'avoir une petite fille m'a dit "Tu attends un garçon? Alors après celui-là il va falloir faire encore un autre enfant derrière car les petites filles c'est trop bien!" Je lui ai demandé si elle m'autorisait à faire d'abord sortir le locataire actuel dont le bail prend bientôt fin. Elle s'est rendu compte qu'elle ne m'encourageait pas beaucoup.

Comme pour Diego, le choix du prénom de l'enfant à venir me hante Certaines personnes me conseillent d'attendre la naissance comme si l'enfant allait se déclarer seul à la mairie, d'autres me disent qu'il est trop tard pour revenir sur le prénom que nous avions presque choisi et que chacun (à commencer par nous) utilisait déjà pour nommer le foetus, enfin un autre groupe suggère que mon faible pourcentage de sang espagnol (12%) ne m'autorise pas à utiliser un prénom ibérique.
Un grand bouleversement a eu lieu ce week-end lorsque Diego m'a parlé d'un personnage de dessin animé (un rat d'égout) au nom poétique et dansant. Un premier sondage de mon entourage m'a permis de récolter des avis assez favorables. Laurent était même enchanté et m'a demandé de ne pas trop interviewé les gens, pour ne pas me laisser influencer. Mais cet enfant vivra dans une société dont je dois prendre la température. Je sais que pour Laurent le ridicule ne tue pas, qu'on a qu'une vie et qu'il faut être rock n' roll mais rien ne dit que notre fils assumera tout comme son père et ne voudra pas être comptable. Il ne faudrait pas que son nom de cow-boy manouche rebute les clients.
Pour Diego, l'introduction d'un nouveau prénom possible pour le bébé a été déstabilisante. Pendant deux jours il a parlé "des deux bébés". Pauvre enfant. Il faut dire aussi que c'est un peu de sa faute. Il est tellement dans la "nomination" que lorsque nous lui avons dit que le bébé serait un petit frère il a posé immédiatement la question "Il s'appelle?" qui signifiait que sans nom, il se refuserait à accepter son existence. Nous avions donc bafouillé notre choix par défaut et celui-ci s'est installé tranquillement dans la tête de tout le monde. Je souhaite aujourd'hui affirmer mon droit à conserver ce prénom ou à changer d'avis, malgré la psychorigidité de mon fils aîné.

Voilà pour le mois numéro 6 complété aujourd'hui même. Car si l'accouchement est prévu le 7 février, je crois me souvenir avoir baisé le 5 mai au soir. Je compte 1 journée pour que les spermatos de Laurent (qui sont forcément aussi lents que lui) viennent nonchalement rencontrer l'ovule et que, un peu par hasard, un peu sur un malentendu, l'un d'eux soit autorisé à rentrer prendre l'apéro.
Je devrais pas donner des détails comme ça. Les bébés c'est vraiment dégueu en fait!

3 commentaires:

Doris a dit…

Chouette! Jasagana est revenue! Et bien en forme...

Monette* a dit…

dis-donc ? ce serait pas un peu ton anniversaire là ? tu crois que tu vas pouvoir souffler tes bougies ? :-)))

Jasagana a dit…

Oui Monette c'était mon anniv (cf nouveau post;)
bISOUOUOUS